Bien que God of War ait redéfini de bien belle manière l’avenir de la saga, autant à travers son gameplay que son histoire, on pouvait être frustré par le fait qu’il ne débute pas à proprement parler lorsque Kratos arrive dans son nouveau fief nordique. L’idée d’installer l’intrigue avant les événements du jeu était donc intéressante sauf que ce comics, sorti aux Etats-Unis sous l’égide de Dark Horse et édité en France par Mana Books, ne va malheureusement pas suffisamment au bout des choses.
Sobrement intitulé God of War, il s’attarde davantage, durant 112 pages, sur Kratos et son rapport à la gestion de sa colère qu’aux relations l’unissant à son fils ou sa femme Faye. D’ailleurs, si sa moitié est toujours en vie et qu’elle est évoquée rapidement, elle n’apparaît jamais. On suppose que ce choix est assujetti à l’envie de ne pas offrir un visage à l’épouse de Kratos afin de maximiser son aura à travers notre imagination et les quelques bribes d’informations que nous avons à son propos dans le jeu. Il n’en reste pas moins qu’il est décevant de ne pas en savoir plus sur cette relation, le comics préférant notamment appuyer à nouveau sur l’éducation «à la dure» d’Atreus par un père aimant mais plus que jamais conscient du monde dans lequel il évolue. Les événements lui donneront d’ailleurs raison lorsqu’il se retrouvera face à un clan de berserkers.
La rencontre avec ces derniers est à ce titre fort logique, ces créatures ne donnant la pleine mesure de leur puissance qu’en laissant exploser leur fureur. Il était donc inévitable que Kratos trouve une sorte d’écho au problème qui l’habite depuis des années. C’est d’ailleurs le point de départ de l’histoire obligeant Kratos à chercher le combat sans jamais affronter son adversaire. C’est à travers une séquence mettant en scène une meute de loups qu’on comprend la dualité qui mine notre guerrier engoncé entre son envie de laisser parler sa colère et son besoin de se contenir. La thématique de la colère étant centrale, le scénariste Chris Roberson laisse donc de côté toute la dimension divine pour se focaliser sur l’action mise en images par Tony Parker (rien à voir avec le basketteur). Bien que son trait soit simple, il accentue la lisibilité des affrontements même si on aurait apprécié des visages plus travaillés et des planches plus détaillées, ces dernières faisant un peu de peine à voir, surtout en comparaison des superbes covers de E.M. Gist. Sur le plan scénaristique, on regrettera également que certains personnages, à l’image de la sorcière ou même d’Atreus, ne soient pas vraiment exploités et que le périple de Kratos ne se résume qu’à trouver et détruire le totem des berserkers qui leur confère leur pouvoir. Ce nouvel essai manque donc sans doute d’ambition et d’émotion tout en cherchant à densifier le personnage de Kratos. On aurait pu espérer un peu plus de place accordée au récit, que ce soit à travers l’histoire des berserkers, jamais vraiment abordée, ou même le fait que Kratos soit continuellement obligé de contenir ses instincts primaires. Malheureusement, cette thématique tourne également en rond, notre guerrier se contentant, au grès des cases, de nous rappeler qu’il ne doit pas succomber à la violence, ce qu’il finira bien entendu par faire. Ce comic–book se laisse donc parcourir, d’autant que l’édition de Mana Books est à la hauteur, mais montre surtout que les auteurs ont dû composer avec plusieurs restrictions, sans doute pour ne pas couper l’herbe sous le pied d’éventuelles révélations qui seront traitées dans la suite vidéoludique du soft reboot. Le résultat, bien qu’agréable, n’en reste donc pas moins dispensable.



