Alors qu’en littérature et au cinéma, le Dracula de Bram Stocker reste le chef de file de la mythologie vampirique, la situation est quelque peu différente dans le jeu vidéo. Bien que plusieurs séries (Vampire : La Mascarade, Blood Omen : Legacy of Kain…) se soient habilement penchées sur le cas de cette créature de légende, Castlevania reste un exemple très intéressant, ne serait-ce que grâce à sa longévité au moins aussi impressionnante que celle de son personnage central. Fait étrange, la saga de Konami n’avait jamais été adaptée en animation jusqu’à ce que Netflix se penche sur le sujet.
S’étant quelque peu réappropriée Castlevania III qui s’inspirait du Dracula original adaptant lui même librement l’histoire de Vlad III Basarab, autrement appelé Vlad Tepes (Vlad l’empaleur), la série de Netflix opte pour un entre-deux intéressant en se situant à la croisée des chemins de son inspiration première mais aussi de la légende connue de tous. Fait notable, le Castlevania de Netflix choisit de revenir à une certaine réalité historique en posant ses valises non pas en Transylvanie mais bel et bien en Valachie, soit la principauté gouvernée par Vlad III dès 1448. D’ailleurs, d’un point de vue chronologique, il faut noter que la série débute en 1455, date à laquelle Basarab ne gouvernait pas la principauté. Le premier épisode s’ouvre donc à cette période lorsque Lisa, du village de Lupu qui borde le château du comte, vient quémander auprès de Dracula des connaissances afin de devenir médecin.
On regrettera d’ailleurs que l’introduction de Dracula manque de prestance à l’image du chara design, assez fade, très européen et donc très loin du design des jeux de Konami. Quoi qu’il en soit, après un échange verbal révélant l’attirance (précoce) des deux êtres l’un pour l’autre, le pilote choisit après quelques minutes de faire un bond d’une vingtaine d’années dans le passé, pour nous mener à Targoviste en 1475, soit l’année où Vlad III retrouvera son trône à la mort de son frère cadet. On comprend ainsi que les scénaristes se sont davantage penchés sur l’histoire de Vlad Tepes en délaissant quelque peu, du moins pour l’instant, le lore de la série de Konami pour poser les bases de leur série et expliquer l’état mental de Dracula. Ainsi, sur les conseils de Lisa, Vlad choisit de sillonner le monde pour le comprendre et assouvir sa soif de connaissances. Le revers de la médaille sera la perte de sa promise, brûlée sur le bûché par l’Eglise pour acte de sorcellerie.
En l’espace d’une courte introduction, le show dévoile sa nature adulte renforcée par un gore assez prononcé. Si l’apparition de Trevor Belmont renforce les liens de la série avec les jeux, il est à noter que les quatre épisodes de cette saison ont déjà été au centre d’une polémique, certains pensant que les auteurs ont délibérément critiqué la chrétienté, les prêtres étant clairement montrés comme le Mal à pourfendre à l’inverse de Dracula ayant, certes déchaîné les enfers sur la Valachie, mais suite à la perte de sa femme, ce qui l’a rendu fou. Le comte présenté en tant que victime alors que l’Eglise serait l’institution à abattre ? Adi Shankar, le producteur de la série, avait réagi à cette polémique sur la page facebook officielle de la série afin de calmer le jeu. En d’autres termes, Catlevania n’est pas une charge contre l’Eglise mais nous fait comprendre que le monde n’est ni blanc, ni noir mais uniquement composé de nuances de gris. Au delà de ce débat, ces quatre premiers épisodes démontrent toutefois quelques lacunes scénaristiques donnant vraiment l’impression d’introduire l’univers sans pour autant prendre le temps de le développer.
Malheureusement, dans son ensemble, cette saison semble faire du surplace en privilégiant quelques dialogues, certes bien écrits mais parfois trop longs ou inutiles. Ceci tient surtout au fait que l’histoire en elle-même est somme toute assez limitée. On y retrouve Trevor, ancêtre de Simon Belmont et accessoirement chasseur de démons qui, aidé de la sorcière Sypha Belnades, va devoir partir à l’assaut du château du comte, ceci signant le cliffhanger du dernier épisode. Le propos général est donc presque plus important que l’histoire qui avance peu. Il faudra alors attendre la Saison 2 (d’ores et déjà validée) pour voir les personnages évoluer, assister à la confrontation du trio de chasseurs (Alucard étant le troisième larron de l’équipe) et de Dracula tout en ayant le droit à un meilleur équilibre entre l’histoire et les scènes d’action. D’un point de vue formel, comme je le mentionnais plus avant, la série reste résolument adulte (l’interdiction aux mineurs n’étant pas innocente), ne serait-ce que dans son esthétique. L’animation, elle, manque clairement de dynamisme et de fluidité, surtout en comparaison de superbe Vampire Hunter D : Bloodlust, pourtant sorti en 2001. Malgré les nouvelles technologies et l’apport de la 3D, la série reste donc inégale artistiquement parlant, les superbes décors côtoyant d’impressionnantes chorégraphies de combats (celle finale étant un modèle du genre) mais jamais parfaitement mises en valeur par l’animation. Le potentiel reste toutefois énorme et on attendra de voir si la prochaine saison parviendra à résoudre les écueils énoncés dans ces lignes tout en nous offrant une aventure digne de ce nom.





Avec ses rouges prédominants, son doublage de qualité et sa musique minimaliste accentuant l’atmosphère crépusculaire du show, Castlevania se dote d’une superbe esthétique saupoudrée de quelques clins d’oeil aux jeux pour un résultat plutôt solide. On demande toute de même à être pleinement convaincus via la Saison 2 qui devra approfondir ses personnages tout en accélérant le rythme parfois lancinant de l’aventure.









