Love, Death + Robots V4 : En perte de vitesse

Chaque volume de Love, Death + Robots étant un petit événement en soi, c’est toujours avec une grande impatience qu’on se réjouit à l’idée de dévorer ces capsules toutes plus différentes les unes que les autres. Ce Volume 4 n’échappe pas à la règle même si il se montre bien moins inspiré que ses prédécesseurs avec un manque flagrant d’épisodes vraiment marquants.

Et de quatre. Love, Death + Robots continue son petit bonhomme de chemin en tentant, tant bien que mal, de retrouver l’énergie et la qualité de sa toute première saison. Après un coup de mou avec une Saison 02 plus courte et assez timorée, la Saison 03 avait retrouvé des couleurs en gagnant quelques épisodes au passage ainsi qu’un nouveau souffle, à travers plusieurs épisodes aussi impressionnants techniquement que maitrisés narrativement. On attendait donc de voir comment allait se situer la Saison 04 de l’anthologie. Autant le dire tout de suite, si elle recèle encore et toujours quelques superbes épisodes (Mini-rencontres du Troisième Type, Conversion en Altitude), elle s’avère être la plus faible de l’anthologie. En effet, bien que le niveau technique soit toujours aussi irréprochable, beaucoup d’épisodes semblent mettre à côté lorsqu’il s’agit de raconter quelque chose ou tout simplement de créer l’émotion à commencer par le rire. Ainsi, les opus Le Grand Autre et Le Complot des Objets Connectés tombent dans un humour trop simpliste, beaucoup moins subtile ou inspiré qu’auparavant, alors que de son côté, le segment Golgotha effleure à peine ce qu’il est censé raconter en optant pour un aspect écolo pas assez affirmé. Pendant ce temps-là, David Fincher se fait plaisir et renoue avec son passé de clipper via l’adaptation d’un des morceaux iconiques des Red Hot Chili Peppers. Surprenant mais est-ce que cet exercice de style avait vraiment sa place dans l’anthologie ? A vous de voir. On préférera retenir de ce Volume 4, le segment Les 400, aussi superbe dans son design que simple dans son déroulé, ou bien encore Le Chat de Saint-Luc, non sans défauts mais offrant une conclusion honnête à cette nouvelle saison qui n’en reste pas moins plutôt décevante, la faute à trop de segments tout juste passables. Ce constat un peu désarmant ne fait que mettre en lumière la qualité fluctuante de l’anthologie qui devra se reprendre avec son supposé Volume 5.

  • Episode 01 : Can’t Stop
  • Durée : 6 minutes

Le premier épisode de ce Volume 4 n’est ni plus ni moins qu’un clip musical réalisé par David Fincher pour le morceau Can’t Stop des Red Hot Chili Peppers. Coutumier de l’exercice (Fincher a réalisé de nombreux clips entre 1984 et 2013), le tout vaut surtout pour le groupe apparaissant sous forme de marionnettes désarticulées et la reconstitution de leur concert à Slane Castle en Irlande, en 2003. Une façon de débuter la saison de manière très originale et donnant l’occasion à Fincher de revenir à l’un de ses premiers amours.

  • Episode 02 : Mini-rencontres du Troisième Type
  • Durée : 7 minutes

Après l’excellent épisode La Nuit des Petits Morts du Volume 3 qui condensait en quelques minutes une invasion zombies, le studio Buck revient à la charge avec cette fois une invasion d’aliens. Reprenant un aspect maquette, rempli de clins d’oeils aux classiques de la science-fiction, Mini-rencontres du Troisième Type lorgne autant du côté de La Guerre des Mondes que de Mars Attacks ! en mélangeant action lilliputienne et humour. Le résultat est toujours aussi savoureux et on imagine déjà les autres thèmes à traiter à l’image d’une invasion de kaiju par exemple.

  • Episode 03 : Rose l’Aragne
  • Durée : 17 minutes

Sous couvert d’une histoire de vengeance, Rose l’Aragne tente tant bien que mal de nous raconter le tragique passé de Rose (à travers divers flash-back), suite à l’attaque de mercenaires. Ce faisant, le scénario intègre également un deal avec une entité extraterrestre confiant à Rose une charmante créature avec qui elle va se lier d’amitié. Si d’un point de vue technique et visuel, le travail est somptueux, on a du mal à comprendre où veut en venir le scénario (notamment le lien entre les deux histoires) et ce jusqu’à sa conclusion pour le moins étrange.

  • Episode 04 : Les 400
  • Durée : 15 minutes

Se déroulant dans une ville détruite par des bébés géants, Les 400 se présente comme la rencontre improbable entre Warriors et l’Attaque des Titans. Très «street» dans l’âme, jusque dans sa bande son évoquant par moments Les Tambours du Bronx, l’épisode met en avant plusieurs gangs rivaux qui vont devoir s’allier pour évincer une menace commune. Bénéficiant d’une superbe esthétique renvoyant à celles de Ice (Volume 2) et L’Oeuvre de Zima (Volume 1), Les 400 puise sa force dans sa réalisation dynamique, son design marqué, autant dans ses corps anguleux que ses couleurs saturées, afin de dépeindre un affrontement hors normes.

  • Episode 05 : Le Grand Autre
  • Durée : 8 minutes

Surfant sur l’idée que les chats domineront un jour le monde, Le Grand Autre s’attarde sur un félin qui va profiter du récent robot domestique acheté par ses maîtres pour mettre en place une stratégie visant à se débarrasser des humains. Le Grand Autre affiche justement des humains hideux (autant dans leur design que leurs personnalités) pour mieux légitimer l’apocalypse à venir. Si on pourra trouver amusant le fait que les adorables miaulements du félin cachent en réalité des pensées machiavéliques, le tout renvoie à un humour assez convenu synonyme de nombreux mèmes Internet. De plus, la conclusion est très abrupte même si on suppose que le plan du matou n’en est qu’à ses débuts. Il y a donc fort à parier qu’on le retrouve dans une prochaine saison de Love, Death + Robots.

  • Episode 06 : Golgotha
  • Durée : 10 minutes

Réalisé par Tim Miller (producteur de l’anthologie et réalisateur de Terminator : Dark Fate), Golgotha décrit la rencontre entre un alien et un prêtre censé parlementer avec ce que beaucoup d’humains considèrent déjà comme un envahisseur. Si l’idée aurait pu être intéressante, elle laisse malheureusement un fort goût d’inachevé, autant dans le rapport des aliens et des dauphins (Les Simpson ont eu beau nous mettre en garde contre le mammifère, ça sort ici un peu de nulle part) que sa conclusion bâclée malgré son discours écolo.

  • Episode 07 : Le Cri du Tyrannosaure
  • Durée : 15 minutes

Le Cri du Tyrannosaure pèche par une thématique classique (les puissants se divertissant au grand damne des plus pauvres) et malgré la fusion de deux époques opposées (futur et préhistoire) lui donnant des faux airs de Dino Crisis 3, on reste sur notre faim. On pourra également pointer du doigt une animation manquant parfois de fluidité (notamment dans les mouvements des personnages) ou une conclusion convenue. Reste une course-poursuite à dos de tricératops que n’aurait pas renié John Carter.

  • Episode 08 : Conversion en Altitude
  • Durée : 15 minutes

Débutant de façon classique durant La Seconde Guerre Mondiale, l’épisode met en scène un groupe de soldats américains devant effectuer un bombardement. Conversion en altitude embraye rapidement sur une incroyable scène de tension lorsqu’un démon, libéré des enfers par les Nazis, tente d’étriper tout ce beau monde dans la carlingue de l’avion. Gore, la séquence de bravoure de cet épisode doit également à son rendu BD et ses tintes bichromatiques accentuant encore un peu plus le sentiment anxiogène. On retiendra donc davantage de ce segment l’affrontement semblant tout droit issu de Hellboy que son message sur la foi, convenu et cliché.

  • Episode 09 : Le Complot des Objets Connectés
  • Durée : 8 minutes

Et si les objets connectés pouvaient parler de leurs rôles dans notre quotidien ou tout simplement notre façon de les utiliser ? Voici l’idée saugrenue de cet épisode profitant par ailleurs d’un chouette rendu en pâte à modeler. Malheureusement, si ce segment aurait pu donner quelque chose d’excellent, il n’en est rien, la faute à une qualité d’écriture très moyenne et un humour faussement rebelle parvenant à peine à nous décocher quelques sourires.

  • Episode 10 : Le Chat de Saint-Luc
  • Durée : 14 minutes

Lorsque Satan décide de demander à Saint-Luc un poème à sa gloire, son chat Jeoffry ne l’entend pas de cette oreille et décide d’affronter le démon avec l’aide de plusieurs de ses congénères. Profitant d’une belle identité visuelle renforcée par des morceaux de Classique, Le Chat de Saint-Luc clôt de façon convaincante cette saison en demi-teinte. D’abord parce-qu’il s’amuse avec la religion en faisant de Saint-Luc un pauvre hère tombé sous la coupe du Diable, ensuite grâce à la personnalité pleine d’assurance de son chat qui s’est entiché de son humain et qui ne reculera devant rien pour le protéger.

Bien que recelant quelques épisodes sortant du lot (Conversion en altitude, Les 400, Mini-rencontres du Troisième Type, Le chat de Saint-Luc), ce Volume 4 se révèle être le plus faible de l’anthologie. Moins inspirés, ne parvenant pas aller au bout de leurs idées (qu’elles soient drôles ou non), la plupart des épisodes ont du mal à convaincre, et l’ensemble de la saison manque clairement de véritables pépites.

Yannick Le Fur

Yannick Le Fur

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