Malgré d’excellents chiffres au box office, le retour de la saga Scream se sera montré des plus décevants d’un point de vue cinématographique. Après que Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett aient quitté le navire, en soutien aux actrices Melissa Barrera et Jenna Ortega évincées par la Production, Scream 7 marque le retour de Kevin Williamson, le créateur de la franchise, au poste de scénariste et réalisateur. Une façon de rassurer les fans.
Si en 1996, Scream bouge les lignes en redéfinissant les codes du slasher, sous couvert d’un aspect meta, le constat est bien diffèrent 30 ans plus tard. Il faut dire qu’entre temps, quatre autres films verront le jour ainsi qu’une série de 30 épisodes s’étalent sur 3 saisons. Bien que 11 ans séparent l’étonnant Scream 4 et Scream 5, ce dernier, tout comme Scream VI, se montreront bien incapables de reproduire le petit miracle original. Pire, ils ne feront que mettre en avant l’incapacité du tandem Bettinelli-Olpin / Tyler Gillett à reproduire la formule initiale alors même qu’ils semblaient avoir en leur possession tous les ingrédients de la recette de Wes Craven. Si leur départ est davantage d’ordre politique qu’artistique (leurs deux films ont respectivement engrangé 137 et 166 millions de dollars au box office mondial), l’arrivée de Kevin Williamson sur Scream 7 était intéressante à plus d’un titre, ne serait-ce que pour constater quelle direction il allait emprunter alors que la saga tourne en rond depuis son «soft reboot». Il ne faut donc pas attendre plus de quelques secondes pour avoir la réponse à cette question : Scream 7 est un condensé de nostalgie et si il profite d’une violence plus graphique, il démontre également que même avec le créateur original à la barre, la saga n’a plus vocation à innover comme elle avait su si bien le faire à ses débuts.
De son introduction (efficace), se déroulant dans la maison du premier Scream, à ses acteurs en passant par sa construction et même sa typo, absolument tout renvoie à la trilogie originale, Williamson s’étant même adjoint les services de Marco Beltrami qui avait signé le score musical des trois premiers films. Dès lors, que reste-t-il à Scream 7 au delà du fait de retrouver Neve Campbell, absente des précédents films pour désaccord financier alors que le scénario essaie maladroitement de nous trouver une excuse pour l’expliquer ? La question mérite d’être posée puisqu’en naviguant constamment entre l’hommage et la redite, le film peine à décrire une Sidney devant élever sa fille adolescente tout en refusant de vivre à travers son passé. Si Neve Campbell y met du sien, elle n’est guère aidée par un script hésitant constamment à la présenter comme une guerrière et une survivante qui désire aller de l’avant bien qu’ayant une safe room dans sa nouvelle maison, au cas où.
D’ailleurs, elle aura été bien inspirée de parer à toute éventualité puisque comme de coutume, un nouveau Ghostface ne tardera pas à pointer le bout de son masque, bien décidé à trucider la belle et tout son entourage. Ici aussi le bat blesse, tant les personnages gravitant autour de Sid sont simplement dévolus à incarner le(s) potentiel(s) tueur(s) et, bien sûr, à servir de chair à canon pour des meurtres, cette fois plus inventifs. Sur ce point, Williamson se fait plaisir. Tripes à l’air, meurtre dans un théâtre qu’on croirait issu d’un giallo, un autre à base de tireuse à bières dans la grande veine des slashers des années 80, Scream 7 s’avère étonnamment réjouissant de ce point de vue en multipliant les idées, hélas contrebalancées par une construction des plus convenues.
Tout est prévisible dans Scream 7 qui enchaîne avec une précision de métronome les ingrédients inhérents à la saga. Fausses pistes, apparition inopinée de Gale Weather (servant de moins en moins à quelque chose puisque toujours attachée à son image de journaliste avide de scoops et ce, malgré ses 30 secondes de sincérité en évoquant Dewey), dialogues meta, rien n’est omis si ce n’est la surprise. On reconnaîtra tout de même à Kevin Williamson d’avoir soigné ses ambiances, certaines apparitions de Ghostface étant plutôt réussies (la scène d’introduction) bien que prévisibles. Pour autant, si cet opus ne nous prend pas de haut, à l’image des deux précédents, il met aussi en avant le fait que la série est prisonnière de ce qu’elle a engendrée en se reposant essentiellement sur ses meurtres et la révélation finale, totalement loupée dans le cas présent.
Scream 7 jette ainsi en pâture ses personnages sans réussir à créer l’empathie pour ces derniers et si l’accent a été mis sur Sidney, son traitement est finalement assez fade malgré son protectionnisme vis à vis de sa fille ou bien encore sa volonté de se reconstruire. Malgré toute la bonne volonté de Neve Campbell, Sid s’avère n’être qu’une version actualisée de la Laurie Strode du Halloween de 2018 dont Scream 7 reprend plusieurs idées. On la suit avec une certaine indifférence alors qu’on aurait dû vibrer, frémir pour elle. Avec une communication et des propos d’acteurs rendant caduc certaines possibilités scénaristiques et un final poussif voire illogique sur certains points, Scream 7 se montre parfois excitant, plus drôle et actuel (dans son utilisation de l’IA) que les précédents films mais surtout trop balisé pour générer régulièrement des shoots de dopamine. Pire, en se questionnant sur sa propre condition, sur ces fameuses règles qu’il a lui même dicté, en voulant les transgresser, il s’avère très fébrile dans son dernier acte, comme si la saga était vouée à ressasser inlassablement les mêmes choses, opus après opus, pour subsister. Si on en croit les chiffres au box office, cela a l’air de lui réussir. Il est donc certains que les grands gagnants dans l’histoire ne seront pas les personnages ni même les spectateurs mais bel et bien les producteurs.





Fonçant tête baissée dans un trip nostalgique afin de raviver la flamme, Scream 7 gagne en férocité ce qu’il perd en inventivité, déjà mise à mal avec les deux précédents volets. Si on lui accordera quelques meurtres inscrits dans les slashers eighties, un surplus d’humour, on soufflera devant son incapacité à rendre intéressant le retour de Sidney, engoncée entre son rôle de mère protectrice et celui de survivante de la tuerie de Woodsboro. Un constat frustrant pour une saga se portant mieux que jamais si on en croit le box office. Un paradoxe des plus désarmants.







