Après que Danny Boyle nous ait offert un premier film totalement fou, le réalisateur britannique laisse sa place à Nia DaCosta (le remake de CandyMan, The Marvels) pour le deuxième opus de la trilogie. Bien que perdant en personnalité, cet épisode suit les préceptes du premier film en lorgnant cette fois vers une sorte de trip métaphysique très éloigné des premiers films de la saga. Un parti pris tout aussi audacieux pour un résultat assez déconcertant.
En déjouant toutes les attentes, Danny Boyle donnait le La de la partition à venir composée des trois opus de la trilogie 28 ans. Excessif, barré, centré autour d’un aspect survivaliste, le premier opus cassait les codes narratifs de la saga en disposant des jalons pour les deux suites à venir à commencer par sa fin ouverte nous présentant Jimmy Crystal, le jeune garçon ayant échappé au massacre dans l’introduction et ayant, entre temps, créé son propre clan. Cette «petite famille» dont Spike fera partie bien malgré lui, s’avère être étrangement liée au docteur Kelson (Ralph Finnes toujours parfait dans le rôle), bien que leurs objectifs soient à l’opposé. Si de son côté, Jimmy n’aspire finalement qu’à devenir la figure centrale pour ses «apôtres», Kelson, de son côté, se retranche plus que jamais dans sa compréhension des infectés à travers la relation qu’il va nouer avec Samson, l’Alpha du précédent volet devenant ici une sorte de Frankenstein servant de confident au docteur.
Ce deuxième volet se veut donc plus introspectif tout en poursuivant le travail débuté par le précédent film. La survie n’est pas tant centrale que la place de la religion (qu’elle émane ou non de la pop culture) dans ce monde en vrac et par là-même la place de l’individu au sein du groupe. Ainsi, Jimmy tentera par tous les moyens de se présenter comme l’élu, celui-là même choisi par le docteur Kelson pour diriger son petit groupe, alors que ce dernier n’aspire qu’à trouver une oreille attentive en la personne d’Alpha, quand bien même ce dernier aurait perdu la capacité de penser depuis sa transformation. En confrontant ces deux visions, Alex Garland (Ex Machina, Civil War) aborde la nature du mal tout en jetant un regard sur cette pop culture du passé (on peut entendre la musique des Teletubbies lorsque Jimmy apparaît, les couleurs des survêtements du groupe évoquent les Power Rangers) au centre de cette «nouvelle religion» dont Jimmy se fait le chantre. Arborant une croix inversée, Jimmy nous rappelle à quel point il désire ardemment créer sa propre voie (basée sur une déformation de ce qu’il aimait étant plus jeune), tel un messie dans ce nouveau monde ayant plus que jamais besoin de repères.
C’est dans ce contexte que le film progresse en enchaînant des morceaux de rage (en mettant Alpha face aux infectés) avec des scènes plus intimistes, le tout très joliment emballé par DaCosta. Plus contemplatif que 28 ans plus tard, Le Temple des Morts s’avère aussi plus nuancé dans ses expérimentations visuelles ou même auditives, et donc plus accessible. Un bien pour un mal d’autant qu’on peut d’ores et déjà se demander vers quoi va aller la trilogie, sortie du fait que l’apparition de Cillian Murphy, à la toute fin, laisse présager une conclusion fermant la boucle débutée avec 28 jours plus tard. Quoi qu’il en soit, si ce deuxième volet se perd parfois dans des séquences aussi fascinantes qu’étranges (la danse chamanique de Kelson sur fond d’Iron Maiden), son approche du film d’infectés s’avère originale, notamment dans sa volonté d’offrir à ses créatures un possible retour en arrière, même si 28 semaines plus tard effleurait déjà l’idée du vaccin.
Si il est difficile d’affirmer que ce parti-pris sera développé dans le troisième et dernier film (si Columbia Pictures consent à le produire un jour), force est de constater que l’idée d’humaniser les infectés, du moins Samson, en lui offrant un possible sauf-conduit, donne une dimension presque philosophique à ce Temple des Morts se complaisant (à tord ou à raison) dans un rythme étrange parcellé de plusieurs échanges atmosphériques entre le géant et le docteur Kelson au point de ne jamais vraiment s’attarder sur Spike, enrôlé de force dans les Jimmies et dont on voudrait nous faire croire qu’il semble hésiter entre le gourou qui l’a forcé à le suivre et celui qui a aidé sa mère à mourir dignement. Le jeune garçon sert donc ici davantage de liant avec la conclusion à venir portant en elle les germes d’une fin aussi référentielle que folle, autant dans son besoin de ne pas vivre à travers les précédents films tout en s’appuyant sur l’interprète principal du premier volet afin de pouvoir trouver des financements pour voir le jour. Original, tout comme cette trilogie aussi fascinante que déstabilisante et dont l’existence même est au moins aussi étonnante que ses partis pris esthétiques et scénaristiques.





Plus contemplatif et introspectif que le premier volet, Le Temple des Morts perd en identité visuelle ce qu’il gagne en accessibilité. Le film n’en reste pas moins étonnant dans son approche et annonce d’ores et déjà un troisième volet censé fermer la boucle débutée il y a 24 ans. En espérant que Columbia Pictures en laisse le privilège à Alex Garland et Danny Boyle.






