Pragmata : Fly me to the moon

Bien que piochant allégrement dans le patrimoine vidéoludique de Capcom, Pragmata n’en reste pas moins un jeu étonnant. D’abord en tant que nouvelle IP alors que la tendance aujourd’hui tient davantage au conservatisme et aux suites afin de rentrer le plus rapidement dans ses frais. Ensuite, parce qu’en faisant le focus sur une idée de gameplay, le titre s’offre un dynamisme à toute épreuve, non exempt de stratégie. Enfin, en faisant le pari de construire son jeu autour de deux uniques personnages, Pragmata permet de mieux les cerner afin de construire une relation simple, claire, mais qui fonctionne tout au long de la quinzaine d’heures nécessaire pour boucler l’aventure principale.

Un vaisseau atterrit sur une station lunaire, un groupe d’astronautes en sort, avec pour objectif de savoir pourquoi plus personne n’émet de communications depuis un long moment. C’est alors qu’un accident se produit, l’équipe entière est terrassée sauf un membre, Hugh, qui ne va pas tarder à rencontrer la jeune androïde Diana, qui va autant lui servir de guide que de compagne d’infortune tout au long de l’aventure. C’est autour de cette trame classique, empilant certains stéréotypes de l’horreur (un lieu isolé, un mystère à élucider, une menace omniprésente), que Pragmata déroule son scénario sans véritable surprise, surtout pour celles et ceux familiers avec l’univers de Capcom. Pourtant, si l’histoire en elle même ne surprend pas vraiment (et ce, même en lisant et en visionnant les nombreux documents étoffant le lore), le titre se rattrape en approfondissant les liens unissant Hugh et Diana, chose que n’avait par exemple pas réussi à faire Resident Evil Requiem avec Grace et Emily ou même Leon. Pragmata, de son côté, a l’intelligence de construire cette relation tout au long du jeu sachant que les deux protagonistes seront inséparables. On pourra, certes, trouver Diana, très bavarde par moments mais cet aspect renvoie à sa nature espiègle d’enfant mélangée à son programme désireux d’en savoir plus sur les humains afin de mieux les comprendre et donc les aider.

Pour autant, et ce dès le départ, Diana est vue par Hugh, mais aussi le joueur, comme un personnage et non une simple machine (cet aspect étant renforcé par le passé tragique de Hugh que je vous laisse découvrir) et ce malgré le fait que sans elle, il soit impossible de combattre ou même de progresser. En effet, sa capacité de hacking, autour duquel repose le gameplay, servira autant à débloquer des verrous qu’à bloquer des adversaires voire même leur infliger d’énormes dégâts. Pour autant la nature enjouée de la gamine la rend très attachante (surtout si vous optez pour le doublage anglais ou japonais, le français étant malheureusement en retrait), et les nombreux dialogues ou interactions qu’on pourra avoir avec elle au Refuge (un hub servant de base d’opérations) amplifieront cet état de faits. Si l’histoire n’échappe donc pas à divers clichés, le duo remplit parfaitement son office durant l’action mais aussi en dehors.

Comme je le disais juste au dessus, votre refuge vous servira de véritable centre de commandes où il sera possible d’effectuer quantité d’actions indispensables pour une exploration en douceur. Ainsi, après avoir récupéré des matériaux en crapahutant ou en éliminant des adversaires, vous aurez la possibilité d’utiliser votre butin pour débloquer des armes mais aussi les améliorer. En outre, en usant de composants d’amélioration (un autre matériau à récupérer), vous pourrez augmenter votre jauge de santé (très utile, surtout dans le mode Lunatique), la puissance de votre arme de base tout comme celle du hack de Diana. Enfin, en parallèle de costumes supplémentaires, fichiers pour mieux connaître vos adversaires, documents de lore et autres diaporamas virtuels à découvrir, vous aurez la possibilité de jouer au bingo avec Mister Cabin, une sorte de robot domestique qui, par ailleurs, vous proposera 30 simulations à la difficulté fluctuante. Celles-ci, sortes de pendants aux missions VR de MGS, ne seront pas à prendre à la légère. Déjà, elles vous permettront de maîtriser le gameplay et les tactiques pour affronter de façon plus efficace les différents ennemis. Ensuite, en réussissant les trois défis de chaque simulation, vous aurez une récompense servant aux améliorations de votre équipement. Bref, une façon d’augmenter la durée de vie tout en creusant les possibilités offertes par le jeu et dieu seul sait qu’elles sont nombreuses malgré la simplicité apparente dudit gameplay.

En effet, Pragmata, en tant que jeu d’action, propose un gameplay nerveux dans lequel plusieurs variables seront à prendre en compte. Déjà, vous devrez user à bon escient de vos armes, mais aussi de vos unités tactiques et de défense (utilisables en passant par la croix de direction) permettant de ralentir vos ennemis grâce à de la stase, accélérer vos hacks, lancer une nuée de drones, etc. Toutefois, le plus important sera de bien choisir vos modules (sortes de capacités passives parmi 40 disponibles) pour orienter votre gameplay en fonction de votre style. Rapidité, puissance, hacking, ce sera à vous de choisir la combinaison qui vous sied le plus pour venir à bout de vos adversaires et surtout des boss émaillant la progression. Néanmoins, pour vous aider, Diana sera d’une aide précieuse puisque c’est elle, juchée sur le dos de Hugh, qui pourra pirater les ennemis afin de faire apparaître leurs points faibles. Pour ce faire, vous devrez réussir une sorte de mini-jeu à la Snake consistant à atteindre un point précis pour valider le hack. Simple au tout départ, le tout deviendra de plus en plus complexe avec divers pièges à éviter, des zones non piratables, etc. Sachant que ces phases de hacking se feront en temps réel, vous devrez alors combiner déplacements de Hugh pour éviter les attaques adverses tout en réalisant le piratage avec Diana afin de bloquer les ennemis pour les rendre vulnérables.

Vu sous cet angle, on pourrait penser qu’une excellente coordination est requise pour parvenir à bouger et pirater en même temps. Pour autant, il n’en est rien, le gameplay se révélant étonnamment souple et très agréable d’autant qu’on pourra également opter pour plusieurs types de piratages privilégiant les dégâts ou par exemple la surchauffe, très utile pour stopper un adversaire pendant un plus long moment afin que Hugh puisse lui placer un coup spécial infligeant d’énormes dégâts. De plus, en s’équipant de nœuds de hacking, vous pourrez les utiliser lors des piratages, chacun ayant une capacité spécifique afin de rendre votre hack plus efficace. On sent que Capcom a parfaitement pensé son système, rapidement compréhensible et terriblement addictif, chaque piratage s’accompagnant d’effets visuels et sonores nous renseignant sur la réussite ou non de notre action. D’ailleurs, en parlant du visuel, on saluera la participation du grand Shoji Kawamori, illustre designer ayant travaillé sur quantité d’animes (Macross, Patlabor, Ulysse 31) ou bien encore le niveau d’ensemble parvenant à combiner différentes ambiances au sein d’un même complexe (grâce à l’aide de super imprimantes 3D permettant, dans Pragmata, de se retrouver notamment dans un Times Square inachevé) et certains boss très impressionnants.

Si le jeu aurait gagné à améliorer quelques détails, à l’image des insupportables loadings à chaque Game Over, ceci nous obligeant à revenir dans notre refuge pour reprendre un tramway afin de rejoindre le lieu où nous sommes morts, il convient de saluer la qualité globale de ce premier volet qui, on l’imagine, a pour but de lancer une nouvelle franchise. Renvoyant un peu trop par moments aux poncifs Capcomesques (autant dans la progression que certains affrontements), Pragmata n’en reste pas moins un jeu extrêmement maîtrisé, se payant même le luxe de proposer une narration mieux pensée que celles de la plupart des Resident Evil, Dino Crisis et autres Onimusha. Un essai transformé qui devrait logiquement nous amener une suite d’ici quelques années et dont l’immense potentiel latent ne demande qu’a exploser.

Sorte de croisement entre Lost Planet et Resident Evil, Pragmata trouve sa voie en affichant une feuille de route très claire dès le départ. La vocation est moins ici de raconter une histoire poignante que celle de penser tout un jeu autour de son gameplay simple mais terriblement addictif. En ressort un jeu prenant de bout en bout, impressionnant dans sa technique et sa mise en scène et parvenant également à crédibiliser une relation homme/enfant via une poignée d’interactions et de dialogues. Un beau tour de force et dont les quelques lacunes seront, je n’en doute pas, rectifiées dans une probable suite.

Yannick Le Fur

Yannick Le Fur

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