God of War : Sons of Sparta – Band of Brothers

Annoncé lors d’un State of Play et disponible dans la foulée, God of War : Sons of Sparta aura réussi son pari initial : surprendre. Autant dans son design que son genre, le Metroidvania, ce titre ne choisit pas la facilité tout en ayant de grandes ambitions, trop sans doute eu égard à l’inexpérience du studio qui a pourtant mis les petites amphores dans les grandes pour nous proposer une aventure digne de Kratos.

L’idée initiale de Sons of Sparta n’est pas tant de faire patienter le fan jusqu’à God of War Laufey que de revenir sur l’adolescence du spartiate à travers une approche très différente. Ainsi, sous couvert d’une histoire racontée par Kratos à sa fille Calliope (qu’on avait notamment vu dans Ghost of War : Ghosts of Sparta à travers l’une des plus belles scènes de la saga), le titre déroule son scénario qui, malheureusement, n’est jamais à la hauteur de la tâche. En effet, là où on aurait pu s’attendre à quelque chose d’épique, le récit relate la recherche de Vasilis, un cadet et ami de Kratos qui manque à l’appel. De fait, il y a là un paradoxe qui veut qu’on vive une aventure incroyable (à travers ses lieux, ses rencontres mémorables) mais à la finalité très commune ne nous incitant jamais vraiment à aller de l’avant. En définitive, le titre ne parvient jamais à pleinement nous immerger et à créer l’empathie pour Kratos et son frère Deimos qui finit toujours par s’évanouir pour nous laisser évoluer seul, avant de revenir à des moments clés pour faire avancer le scénario ou nous aider (dans une certaine mesure) lors de combats de boss. Dommage d’autant qu’entre quelques dialogues plutôt bien écrits et l’utilisation du micro de la DualSense à travers lequel Deimos communique avec nous, un certain lien parvient à se créer entre les deux protagonistes. Au final, bien que central, l’aspect fraternel n’arrive jamais à totalement s’exprimer et finit même par se diluer dans la progression qui affiche des ambitions démesurées.

En effet, Sons of Sparta est le premier Metroidvania de Mega Cat Studios qui depuis des années produit des jeux d’action, de baseball ou des roguelites sur PC et consoles. Si on sent bien que le studio a essayé de nous proposer un jeu digne de son personnage principal, le projet était sans doute trop ambitieux pour eux et ne supporte jamais la comparaison avec l’excellent Prince of Persia : The Lost Crown, également premier Metroidvania d’Ubisoft. Sons of Sparta est un titre qui est loin d’être mauvais mais qui ne sait jamais s’arrêter et qui s’écroule de lui-même sous son système de jeu bien trop copieux compte tenu du challenge relatif qu’il propose. Mélange d’exploration, de puzzles (basés sur nos capacités) et d’action, l’aventure multiplie les éléments de gameplay alors qu’elle aurait sans doute dû se concentrer sur son level design, son rythme ou ses combats de boss jamais vraiment à la hauteur bien que faisant apparaître quelques figures connues de la saga. En lieu et place, le jeu se perd dans une map gigantesque remplie à ras bord de collectibles et de multiples équipements permettant aux joueurs de faire évoluer leur façon de jouer.

Ainsi, si on ne peut utiliser qu’une lance et un bouclier, plus on avancera et plus on obtiendra différents aiguillons, bandes et talons pour ladite lance, chacun apportant des capacités passives et actives synonymes d’attaques spéciales. Toutefois, pour les utiliser au mieux, vous devrez les faire évoluer grâce à des orbes de sang et divers matériaux. Notons qu’il en sera de même avec notre bouclier, de différents types et notre ceinture. A propos de cette dernière, il sera possible d’en porter six simultanément (parmi un choix de 38) et ici aussi de les faire augmenter pour obtenir des attributs. Mais ce n’est pas tout ! En parallèle, on obtiendra également six objets magiques (Fronde solaire, Lame Lunaire, Flamme éternelle…) qui eux aussi gagneront en puissance une fois upgradés. Pour parachever l’ensemble, vous pourrez aussi acquérir des dizaines de capacités offensives et défensives, toujours avec ces fameuses orbes. Enfin, une fois débloqués toutes ces capacités, un nouvel arbre sera disponible avec pas moins de 25 compétences à faire évoluer pour augmenter sa magie, sa vitalité, etc.

Si on trouvera un peu ridicule de débloquer ce dernier arbre aussi tardivement dans le jeu, ce constat se retrouve aussi avec le déplacement rapide (d’un feu de camp à l’autre) arrivant beaucoup trop tard. Avant cela, il sera permis de se déplacer de temple en temple mais vu que ceux-ci sont au final peu nombreux, on devra souvent se retaper de très longues phases de marche pour aller d’un point A à un point B. Si le déplacement d’un feu de camp à l’autre sera amené via un élément scénaristique, on a surtout l’impression d’avoir été pris pour des idiots jusqu’à présent tout en ayant le sentiment que le studio a choisi cette façon de faire pour augmenter la durée de vie de son jeu qui s’étale sur une cinquantaine d’heures si vous désirez tout voir, Trophées compris. Notons à ce sujet qu’une fois terminé l’aventure principale, vous débloquerez un autre mode de jeu, Le Puits des supplices, sorte de roguelite nous demandant de traverser plusieurs niveaux en récupérant des objets de plus en plus puissants. Pourquoi pas (Ragnarok avait bien offert gratuitement un mode similaire) sauf qu’ici, la difficulté est très mal gérée et après un ou deux essais, on laissera poliment tomber pour passer à autre chose.

L’un dans l’autre, on ne peut pas en vouloir à Mega Cat Studios d’avoir voulu nous offrir une aventure généreuse mais difficile de ne pas se dire qu’il aurait été plus intelligent de renforcer plusieurs points centraux plutôt que de trop s’éparpiller. De fait, cette générosité se transforme souvent en activités peu intéressantes à l’image de séquences de chasses où on devra user, tel un Jean-Claude Dusse, du planté de bâton en restant immobile pour piquer un animal planqué dans des fourrés, ou d’une phase de shoot’em up aussi étonnante que moyennement convaincante. On aura aussi l’occasion de s’essayer à neuf épreuves nous demandant de maitriser le gameplay afin de les réussir et ainsi obtenir quelques récompenses. Cependant, le jeu étant assez simple, on ne se privera pas de faire en boucle ces épreuves, pas parce qu’elles sont particulièrement fun mais parce que ce sera le moyen le plus rapide d’engranger des orbes pour faire évoluer tout notre stuff. Notons toutefois l’ironie voulant que vous n’aurez pas la possibilité d’avoir l’ensemble de vos équipements à fond sachant qu’il manquera des matériaux pour certains d’entre eux. Volonté des développeurs pour forcer le joueur à faire des choix ou simple oubli ? Difficile à dire. On serait quand même enclins à privilégier la deuxième solution sachant qu’encore aujourd’hui, le titre comprend plusieurs bugs (de son, de QTE invisibles…) et ce malgré plusieurs patchs sortis.

Bien que le jeu déçoive sur pas mal de points en ne supportant que rarement la comparaison avec les les canons du genre, il faut aussi reconnaître à God of War : Sons of Sparta d’avoir été au bout de ses idées, ne serait-ce que d’un point de vue visuel. S’accordant avec l’aspect comte illustré tout en s’inscrivant dans un design global hérité de l’imagerie grecque qu’on pouvait retrouver dans les livres ou ornant des objets, le tout est loin d’être désagréable à l’oeil. Certes, les animations sont datées, le copieux bestiaire use souvent de l’astuce consistant à cloner un ennemi et à le faire passer pour un autre grâce à un subtil changement de couleurs mais dans son ensemble, la pluralité des ennemis et environnements est agréable. Citons également que l’aventure profite à nouveau des compositions de Bear McCreary (le God of War de 2018, God of War Ragnarok) qui trouvent un vrai point d’équilibre entre l’épique et l’aventure plus “chill”. Sa soundtrack apporte un vrai plus à l’ambiance, du moins, quand elle n’est pas perturbée par les bugs mentionnés plus haut.

Sons of Sparta n’est pas un mauvais bougre et si certains auront du mal à avaler la pilule, l’idée initiale de revenir sur la jeunesse de Kratos reste, quoi qu’on en dise, une bonne idée. Il est simplement dommage que PlayStation n’ait pas confié les rênes du projet à une team plus solide qui aurait gagné à diviser le contenu par deux et à améliorer certaines choses à commencer par son système de combat, sympathique mais tournant vite en rond puisque principalement pensé autour de l’esquive et du blocage. On devra s’en contenter tout en se prenant à imaginer ce qu’aurait pu donner un tel matériau dans les mains d’Ubisoft Montpellier.

Généreux jusqu’au boutisme au point de ployer sous le poids d’ambitions intenables, God of War : Sons of Sparta impressionne par le contenu proposé avant de décevoir à cause de trop d’imprécisions. Confondant souvent qualité et quantité, le jeu se laisse suivre et même parfois savourer tout ne parvenant jamais à convaincre pleinement, engoncé entre plusieurs bugs, trop d’éléments inutiles et une aventure ne semblant jamais vouloir s’arrêter au point de provoquer un certain ennui.

Yannick Le Fur

Yannick Le Fur

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