Death Stranding 2 : On The Beach – Ready Porter One

Succès critique et commercial, malgré son concept pour le moins original, Death Stranding était voué à accueillir une suite construite sur ses propres fondations. On aurait pu alors penser que l’effet de surprise allait pointer aux abonnés absents. Si par certains côtés, c’est bien le cas quand on se penche sur le gameplay, la narration, la mise en scène et la progression percluse de moments épiques, font de ce deuxième volet un jeu plus impressionnant, plus fou mais aussi plus accessible.

Après avoir connecté l’Amérique du Nord, Sam Porter méritait bien un peu de repos. Peine perdue, puisqu’alors qu’il coule des jours (un peu) plus paisibles au Nouveau Mexique avec Fragile et Lou, son bébé qui a miraculeusement retrouvé « vie » à la fin du précédent volet, les ennuis commencent. Lou est enlevée, une mystérieuse secte fait son apparition et un portail inter-dimensionnel le propulse en Australie où il va à nouveau reconnecter tout ce beau monde, cette fois pour le compte de la société Bridges. L’introduction de Death Stranding 2 ne perd pas une seconde et si l’exploration repose toujours sur un aspect contemplatif, synonyme de somptueux paysages désertiques, enneigés ou rocailleux ne demandant qu’à être admirés, l’histoire, elle, se veut toujours aussi grandiloquente en conjuguant science-fiction, action démesurée et réflexions sur la mort et l’au-delà.

Les fondations du monde créé par Kojima ayant été posées dans le premier volet, il était logique que le second épisode passe la seconde et ce à tous les niveaux. D’un point de vue scénaristique, c’est exactement ce qui se produit. S’affranchissant de l’aspect introductif (lié à l’univers, aux événements du passé ou de la plupart des personnages qu’on retrouve dans cette suite), le titre déroule un récit encore plus incroyable que celui de l’original en l’agrémentant d’un aspect plus barré que jamais, autant dans la galerie de nouveaux protagonistes, ses missions (principales comme secondaires) ou bien encore sa mise en scène encore plus inspirée par cette culture geek provenant du cinéma, live et d’animation. On savait Kojima fin cinéphile, il le démontre quasiment à chacune de ses cinématiques ou retournements de situation qui ne tarderont pas à arriver au milieu de l’aventure pour rebattre pas mal de cartes. Sur ce point, on notera d’ailleurs un jeu profitant de bien plus d’aspirations en étouffant jamais le joueur sous trop de passages narratifs. Pour autant, l’histoire est dense, fait intervenir davantage de personnages, se complaît parfois dans des concepts philosophiques et tout en s’auto-citant, l’auteur tisse une toile de plus en plus grande à mesure que Sam connecte toute l’Australie.

On regrettera toutefois que le scénario use et abuse à nouveau d’innombrables textes pour enrichir son univers d’autant que le menuing s’avère toujours aussi lourd avec ses gigantesques listes à faire défiler pour trouver les nouvelles entrées du codex. Rien de vraiment préjudiciable mais agaçant à force. A l’inverse, on appréciera toujours les easter eggs et autres surprises au détour de certains documents, missions ou même dans notre cabine du DHV Megallan, en tombant par exemple sur un petit concert privé (pour peu qu’on trouve la bonne chanson) mettant en scène Dollman. D’ailleurs, il convient de s’attarder un peu sur ce personnage qui nous suivra tout au long de l’aventure. Autant dans son design, son animation (dans un style stop motion), que son caractère, Dollman est un personnage passionnant pouvant nous prodiguer divers conseils en mission, être utilisé pour analyser le terrain et qui possède de surcroît une histoire tragique qu’on découvrira au fil du récit. Une recrue de taille malgré son gabarit apportant énormément à cette suite, tout comme Tomorrow et Rainy, deux nouveaux membres de l’équipage formant un joli duo et enrichissant à leur manière l’histoire à des moments clés.

Death Stranding 2 contribue donc à enrichir l’univers de Kojima qui, au passage, profitera également en 2027 d’une série d’animation (Death Stranding :Isolations) sur Disney+ pour développer davantage ses thématiques à travers d’autres personnages. En l’état, cette suite est donc logiquement plus facile à appréhender tout en demandant beaucoup d’attention de la part du joueur si il veut saisir toutes les subtilités de l’histoire. Bien que certains passages (notamment ceux avec Neil Vana) renvoient par certains côtés à ceux avec Higgs dans le premier jeu, le niveau de technicité et de réalisation balaie souvent d’un revers de la main l’impression de déjà-vu sachant que comme son prédécesseur, Death Stranding 2 offre certaines des scènes les plus bluffantes (dans ses idées de gameplay, ses arrières-plans, ses mouvements de caméra) jamais vues dans un jeu vidéo. S’appuyant sur des acteurs chevronnés, le titre se rapproche plus que jamais d’un véritable film même si on trouvera toujours aussi étrange le quasi mutisme de Sam, surtout lors de passages émotionnellement intenses. Quoi qu’il en soit, cette suite développe les idées autour de la mort, de la parentalité et le fait avec toujours autant d’intensité et d’inventivité.

En marge de l’histoire, le gameplay évolue lui aussi. Tout en gardant les bases de l’original ainsi que les ajouts de la version Director’s Cut, il intègre une somme folle de petites et grandes améliorations qui, sans bousculer vos habitudes, pourront drastiquement vous changer la vie en évitant certains désagréments du premier volet. Citons par exemple le DHV Magellan mentionné plus avant qui vous téléportera d’un abri de prepper à un autre. Très pratique puisque permettant d’accueillir un véhicule ou bien encore des matériaux qui vous serviront à nouveau à construire des routes mais aussi des lignes de tramway ou pour réactiver des mines qui vous procureront de précieuses ressources en échange de cristaux chiraux. Sur ce point néanmoins, vu que pour tout construire ou retaper, il vous faudra d’énormes quantités de ressources, vous pourrez aussi profiter de la dimension online du jeu, toujours aussi centrale et bienvenue. Souvent salvatrice, c’est un vrai plaisir de pouvoir compter sur les autres joueurs mais aussi et surtout sur leurs équipements et constructions. On éprouvera également une sorte de fierté en recevant des likes pour cette route qu’on a construite, cette échelle qu’on a disposé. Il est d’ailleurs toujours aussi bluffant de constater à quel point le système est bien pensé et l’architecture terriblement stable. Si Death Stranding 2 reste un jeu solo, c’est sans doute l’un de ceux qui possède la dimension sociale la plus recherchée, la mieux pensée et la plus utile à ce jour.

En parallèle, on citera aussi le stuff qui s’enrichit de quantité d’armes, d’outils et de véhicules supplémentaires. Une autre amélioration vous permettra de courber les rampes de vos tyroliennes pour éviter un obstacle entre deux points. Ça n’a l’air de rien mais sachant que ce matériel est toujours celui qui vous fera gagner le plus de temps lors des livraisons, ce petit plus est extrêmement appréciable. Tout ceci vous sera très utile pour préparer vos missions, qu’il s’agisse de livraison ou de destruction. A ce sujet, on signalera un titre un peu plus orienté vers l’action bien que l’approche furtive soit encore au rendez-vous, Kojima oblige. Cependant, face aux gigantesques boss, vous devrez impérativement user de vos armes les plus puissantes parmi lesquelles des quadruples lances-missiles. Rien que ça. Si ces rencontres sont souvent impressionnantes, je dois dire qu’elles m’ont aussi parfois fortement agacé. En effet, se déroulant souvent dans une mer de poix qui ralentit nos mouvements, il n’est pas rare de se faire toucher par une attaque, de perdre tout son équipement, de devoir alors très vite tout récupérer, se mettre à l’abri et attendre une ouverture pour tirer. Cohérent avec l’univers mais ajoutant des contraintes qui alourdissent ces combats à moins de changer de mode de difficulté pour s’en débarrasser prestement.

Dans tous les cas, au delà d’une préparation minutieuse pour faire face aux ennemis, vous aurez aussi la possibilité de capturer des Echoués et de les utiliser contre un adversaire, tel un dresseur de Pokémon. De la même façon, parmi le matos inédit, citons des robots canins, très utiles pour faire place nette. Tout comme son grand-frère, Death Stranding 2 conserve cet aspect bac à sables, riche en possibilités, même si on aura tendance à parfois s’y perdre en ne sachant plus comment faire telle ou telle action, ceci nous obligeant alors à aller sur le web pour trouver la solution. A ce titre, on a par exemple un peu de mal à comprendre pourquoi il est désormais obligatoire d’utiliser une Recherche pour connaître exactement le nombre de missions par type qu’on a effectué alors que dans le précédent, tout était regroupé dans une liste plus accessible. Ce genre de petits détails pullule, n’impacte pas vraiment sur le ressenti global mais a tendance à irriter au bout d’un moment.

Cependant au delà de ses impairs et imprécisions, Death Stranding 2 est parsemé de moments de grâce rendant l’expérience aussi folle que celle du précédent volet. Que ce soit dans ses panoramas, son lore, ses quêtes annexes, son casting, principal comme secondaire (George Miller, Elle Fanning, Norman Reedus, Mamoru Oshii, Mike Flanagan, SS Rajamouli…), les magnifiques compositions de Woodkid, tout semble avoir été pensé pour marquer durablement nos sens. Si l’orientation plus Grand public de cet opus rend l’expérience plus confortable, notons que depuis la sortie, Kojima Productions a sorti un nouveau mode de difficulté bien plus ardu pour celles et ceux voulant découvrir les joies du trekking à la dure. Dans tous les cas, quelle que soit votre approche, Death Stranding 2 questionne, fascine et pose une pierre de plus à une reconnexion mondiale. Kojima nous propose d’en d’être l’artisan, l’invitation est difficile à refuser.

Tout dans Death Stranding 2 : On The Beach respire l’approche plus accessible afin de s’ouvrir à un public plus large. Pourtant, au delà de ce constat, Hideo Kojima est parvenu à concevoir un titre plus fou, plus intense, plus surprenant tout en faisant évoluer ses personnages et son univers, fascinant à plus d’un titre. L’impression de déjà-vu est là mais elle est tellement enrobée de magie et d’inventivité que le plaisir de la (re)découverte l’emporte.

Yannick Le Fur

Yannick Le Fur

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