Resident Evil : C’est l’histoire d’un mec

Bien que la licence Resident Evil ait engendré pas moins de 11 films (live-action et CGI), on ne peut pas vraiment parler de grandes réussites et ce même si d’un point de vue business, les recettes aient été très profitables aux producteurs. Ainsi, voir Zach Cregger (Barbare, Weapons) à la réalisation de cette nouvelle adaptation avait de quoi exciter les sens. A la vue du résultat, on avait raison de se réjouir.

Après avoir pensé la première saga filmique à travers les personnages iconiques de la franchise, ce nouveau Resident Evil prend complètement le contre-pied de cette vision en rendant son personnage central aussi lambda que maladroit. Bryan, coursier médical, accepte une toute dernière mission de fin journée afin de transporter un mystérieux colis à l’hôpital de Raccon City. Roulant sur une route enneigée, il percute accidentellement une femme qu’il emmène avec lui afin de l’aider. Le début de ses ennuis et accessoirement d’un ride d’1h30. Au delà de sa proposition, Resident Evil cuvée 2026, fait le pari d’un film court mais qui ne s’arrête jamais à l’image de son «héros», maladroit et bien décidé à livrer son colis quoi qu’il en coûte. Par certains côtés, ce Resident Evil se rapproche des Resident Evil Outbreak qui proposaient à l’époque d’incarner plusieurs habitants de Raccoon City confrontés à une fuite du virus T dans la ville. Cependant, ce reboot opte pour une idée combinant de vrais moments d’horreur, par ailleurs parfaitement maîtrisés par Cregger, et des passages plus humoristiques à travers Bryan souvent prompte à prendre la mauvaise décision à des moments cruciaux. Étonnamment, le tout fonctionne, l’humour ne court-circuitant jamais la tension qui monte crescendo, de l’introduction du premier zombie à la rencontre avec une variante du Cerbère ou celle avec une créature inédite, sorte d’amalgame de corps (façon Katamari Damacy) qui pourchassera inlassablement notre coursier.

En effet, bien que Cregger délaisse les personnages et lieux connus de tous, il s’imprègne néanmoins du matériau original à travers divers éléments de gameplay (la trousse de soins, une boîte de munitions…) ou un court passage en vue FPS, idée déjà mise en exergue dans l’adaptation de Doom ou l’intégralité du film Hardcore Henry, lui-même fortement influencé par le médium jeu vidéo. De fait, tout en délaissant certaines facilités, Resident Evil devient le film qui se rapproche le plus d’un jeu, du moins dans sa structure avec son personnage devant atteindre son objectif et les menaces grandissantes à mesure qu’il progresse. La gestion des balles, mécanique essentielle de nombreux survival-horror, devient ici cruciale, servant aussi bien lors de certaines blagues (celle des cadenas notamment) ou l’un des moments les plus terrifiants du film lorsque le zombie déboule dans la maison, le son devenant aussi important que l’image pour générer la peur.

Comme je le mentionnais plus avant, le mérite de cette réussite revient tout d’abord à Austin Abrams qui s’avère parfait dans le rôle. Renvoyant par certains côtés au Ash d’Evil Dead, le personnage de Bryan découvre peu à peu l’horreur de la situation mais ne faiblit jamais. Il ne cesse de courir, sauter ou ramper mais aucune épreuve physique ne semble le décourager, encore plus lorsqu’il apprend que son colis mystère peut régler ce petit problème de virus. L’acteur s’en donne à cœur joie, trouve le ton juste et fait de ce coursier un personnage qu’on aime voire souffrir tout en espérant qu’il parvienne au bout de son aventure en un seul morceau. Il y a ensuite la réalisation de Cregger qui s’appuie davantage sur des vrais moments de tension, une superbe photo jouant sur les zones d’ombres et les couleurs diffuses ainsi qu’un sound design extrêmement efficace, plutôt que des jump scares faciles. On en trouve bien quelques uns mais ces derniers s’avèrent moins efficaces que les scènes plus atmosphériques.

Si le réalisateur semble avoir puisé diverses idées dans d’autres films (le premier Silent Hill, le Phénomènes de M. Night Shyamalan), l’association de celles-ci et d’un scénario simple mais maîtrisé offre à ce nouveau Resident Evil un aspect bien plus convaincant que les précédentes itérations dont l’action prenait le pas sur l’horreur. Ce nouveau long-métrage prend la direction opposée, hormis dans son dernier arc, plus proche des jeux et paradoxalement moins intéressant avec son gros air de déjà-vu. Alors que le film est déjà un succès au box office, on attend désormais la suite de la saga qui, si elle suit l’idée de Cregger, pourrait se transformer en sorte d’anthologie en suivant un personnage différent à chaque fois. La vision aurait du sens en s’attardant sur des habitants de Raccoon City ou des scientifiques d’Umbrella. Il faudra néanmoins attendre pour savoir si Constantin Films opte pour cette approche mais pour l’heure, Resident Evil a réussi son reboot cinématographique et c’est le plus important.

En changeant radicalement de vision, Zach Cregger opte pour une approche efficace, aussi à l’aise dans l’humour que l’horreur sans que l’un n’empiète sur l’autre. Porté par un Austin Abrams inspiré, une superbe photo et un sound design efficace, cette cuvée de 2026 de Resident Evil est un vrai ride d’1h30 qui, on l’espère, ouvrira la voie à des suites toutes aussi originales.

Yannick Le Fur

Yannick Le Fur

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