Batman ne compte plus les adaptations en jeux vidéo. Si le Chevalier Noir a depuis 1986 conquis nos machines via des titres de qualité inégale, il est dit que ce Batman Arkham Aslym marquera de son empreinte les hommages au Dark Knight mais aussi et surtout le jeu vidéo de façon plus large.
En choisissant sciemment l’intérieur de l’asile d’Arkham comme décor pour son titre, Rocksteady installe d’entrée de jeu le joueur dans un des lieux les plus emblématiques de la série. Idée astucieuse permettant de nous confronter à quelques-uns des ennemis du Dark Knight tout en limitant la progression à une zone donnée. En nous opposant au Joker, les développeurs vont encore plus loin en nous mettant directement aux prises avec l’homologue névrosé de Batman, son Yang, son ennemi de toujours à même de le faire chanceler. Avec des fondations aussi solides, le studio peut ainsi donner libre cours à son imagination afin d’offrir à Batman une oeuvre à même de le propulser sur le devant de la scène. Le justicier de Gotham va donc devoir vivre la plus longue nuit de son existence pour le plaisir de millions de joueurs. Dure vie que celle d’un héros de pixels.
La situation est très simple. D’un côté Batman et ses acolytes et de l’autre le Joker aidé de Killer Croc, Harley Quinn, Poison Ivy, Bane et l’Epouvantail. Les premiers veulent sortir d’Arkham en un seul morceau, les seconds veulent les éparpiller aux quatre coins de l’île. De cet état de faits, va découler une des plus fantastiques aventures vidéoludiques que Batman ait connue. En effet, jamais le Dark Knight n’aura été plus impérial, plus majestueux, plus alerte que dans Batman Arkham Asylum. De plus, en faisant constamment rimer action et infiltration, Rocksteady a réussi à trouver le juste équilibre pour ne pas sombrer dans une trop grande facilité. Certes, sur la quinzaine d’heures nécessaires pour voir le bout du tunnel, une certaine redondance s’installera d’elle-même mais comme pour endiguer cette impression de déjà-vu, vous serez constamment amené à sortir de l’asile pour ensuite pénétrer dans d’autres bâtiments jouxtant l’hôpital. Sans pour autant retrouver un second souffle, la progression gagnera en intensité dans la deuxième partie de jeu de par des décors altérés ou tout simplement un surplus de gadgets à même de varier nos techniques d’approche.
A ce sujet, sachez qu’au fil de votre avancée, vous aurez le loisir de débloquer des combos plus puissants en sus desdits gadgets qui gagneront eux aussi en efficacité. Ainsi, si on débutera l’aventure avec un batarang, il sera ensuite possible d’en récupérer un double voire une version téléguidée, le joueur contrôlant alors l’objet. On regrettera malgré tout que certains upgrades arrivent un peu tard à l’image du triple grappin permettant notamment de faire chanceler trois adversaires à la fois. Quoi qu’il en soit, la panoplie de Batou étant plutôt conséquente, on aura tôt fait de mettre à profit notre attirail afin de piéger les sbires du Joker. Ainsi, si rien ne vous empêchera d’y aller franco en rentrant de plein pied dans la mêlée, l’approche furtive sera à préconiser car bien plus jouissive. Pour ce faire, vous aurez dans un premier temps à utiliser une vision « radiographique » pour repérer vos ennemis où que vous soyez, les murs n’étant alors plus un problème. Ensuite, en fonction de leurs battements de coeur (vous renseignant sur leur état d’anxiété, synonyme de prudence), vous aurez plus ou moins de mal à les approcher. Le but du jeu sera alors d’utiliser les conduits d’aération ou les gargouilles (d’où vous pourrez tranquillement les chopper une fois qu’ils passeront en dessous) pour en venir à bout. Mais ce n’est pas tout. Un autre moyen consistera à user de gel explosif pour faire exploser des structures fragiles, cette technique étant particulièrement efficace dans le sens où le déclenchement des explosions peut se faire à distance. Signalons tout de même que ceci ne représente qu’une partie des possibilités offertes, celles-ci devenant de plus en plus nombreuses à mesure de notre avancée.
Si l’approche furtive est à préconiser, surtout en Hard où une simple balle de sniper suffit à nous éliminer, vous devrez à intervalles réguliers en venir aux mains, parfois contre une dizaine d’adversaires. Néanmoins, pas de panique, le système de combat ayant été conçu pour ces rixes à priori déséquilibrées. D’ailleurs, on sera ici aussi surpris de la facilité avec laquelle on enchaîne combos et autres finish moves à l’aide de deux uniques boutons. Le premier permettra de frapper un bad-guy tandis que le second sera utile pour contrer un adversaire, un pictogramme surplombant alors l’ennemi sur le point d’attaquer. Si de prime abord, le tout peut sembler limité, il n’en est rien. L’astuce consistera en effet à imprimer une direction avec le stick en même temps qu’un coup afin que Batman saute vers un ennemi éloigné histoire de ne pas briser trop prestement un combo. De fait, on atteindra alors rapidement les 10, 15 ou même 20 coups, certains paliers nous proposant de placer des prises spécifiques particulièrement efficaces. Et si je vous dis qu’il est également possible d’utiliser son batarang en plein combat, d’user de sa cape pour étourdir les malandrins ou même de passer dans leurs dos pour les prendre à revers, vous aurez tôt fait d’imaginer les possibilités du système.
On pourra toutefois regretter qu’en marge des combats contre le menu fretin, Rocksteady n’ait pas été aussi inspiré avec les boss. D’autant plus vrai que le design de ces derniers est à tomber. Malheureusement, la plupart de ces rencontres sont soient trop simples (Bane), trop longues (Poison Ivy) ou ne représentent aucun intérêt (le Joker), la palme revenant à Killer Croc dont on se débarrassera à l’aide de gel après s’être tapé une interminable séquence de cache-cache dans les égouts. Dommage, tout comme la réelle frustration de ne jamais voir le Riddler dont vous pourrez résoudre des énigmes pour débloquer des défis à compléter en dehors du mode Histoire. Dans le même ordre d’idées, comment ne pas pousser un gros soupir devant la cellule de Clayface, l’ennemi polymorphe devant se contenter d’une brève apparition durant laquelle il nous montrera quelques-uns de ses talents. Rageant, surtout qu’à côté, on devra se coltiner plusieurs combats contre des ennemis aussi surpuissants que Bane. Durant ces passages, il conviendra d’esquiver puis d’étourdir les mastodontes avant de les contrôler pour frapper leurs petits camarades. Marrant la première fois, moins la deuxième, franchement lourd au bout de la troisième.
Cependant, n’allez pas croire que Batman Arkham Asylum doit constamment lutter contre divers problèmes. Certes, ceux-ci existent mais ils sont tellement dilués dans une pluie de qualités que tout ceci tient de l’anecdote. Nonobstant, ne soyons pas hypocrites. Nous aurions aimé pouvoir parcourir tout Gotham, l’île d’Arkham représentant finalement un terrain de jeu relativement étriqué. Les développeurs l’ont d’ailleurs bien compris en nous obligeant à constamment entrer et sortir de bâtiments afin d’alterner phases en extérieurs et en intérieurs. On pourra aussi pester contre des séquences de jeu assez répétitives, l’intégration de phases de piratages de boîtiers électriques devenant aussi pénibles que leurs homologues dans Bioshock. Quoi qu’il en soit, tout ceci ne pèse pas bien lourd dans la balance, surtout en comparaison de l’implication des développeurs, le jeu n’étant par exemple jamais avare en documents audios et écrits afin de consolider son lore. De plus, quelques idées de génie (dont je vous vous laisse la surprise), notamment liées à la présence de l’Epouvantail, suffisent souvent à relancer la machine dès que le rythme faiblit. Au delà de ses défauts, Batman Arkham Asylum n’est plus ni moins qu’une ode vibrante au Dark Knight offrant d’ores et déjà aux fans du vigilante masqué de fantastiques perspectives vidéoludiques pour l’avenir.





Véritable hymne à la gloire du Dark Knight, Batman Arkham Asylum transpire la passion pour un des plus grands héros jamais créés. On pourra lui reprocher son terrain de jeu limité, des mécanismes tournant vite en rond ou le fait d’être complètement passé à côté des combats de boss mais ces défauts ne pèsent pas lourd face à un monceau de qualités. Esthétiquement superbe, gothique à souhait, Batman Arkham Asylum se montre aussi beau que profond grâce à son mélange d’action et d’infiltration. Tout ceci ne peut nous faire espérer qu’une chose : une suite dans les bas-fonds de Gotham City.











