Exit 8 : La vérité au bout du tunnel ?

Sorti en 2023, The Exit 8 est un titre à part, difficilement catégorisable. Jeu d’horreur, jeu atmosphérique, critique sociale ? L’œuvre est un peu de tout ça à la fois et logiquement, son adaptation reprend le concept de boucle infinie tout en développant l’histoire afin d’évoquer la parentalité ou bien encore l’enfermement de la société japonaise et ses traumatismes.

De prime abord, adapter The Exit 8 semblait terriblement complexe voire impossible tant le concept initial parraissait limité d’un point de vue cinématographique. En effet, si la boucle temporelle a maintes fois été utilisée (Un jour sans Fin, Edge of Tomorrow, Déjà vu), elle usait la plupart du temps d’éléments comiques, romantiques ou de pure action afin de dynamiser l’ensemble. The Exit 8 se reposant sur un simple couloir de métro que le joueur était amené à traverser encore et encore, l’aspect huis clos était a priori incompatible avec l’immersion recherchée. Pour autant, le film de Genki Kawamura opte dès le départ pour une approche intéressante. Tout en rendant hommage au jeu vidéo via une introduction très efficace en vue subjective, il bifurque rapidement pour la troisième personne, plus adaptée au format et surtout plus à même d’amener l’émotion souhaitée, bien loin de celle véhiculée par un film comme Hardcore Henry.

Pour autant, il faudra tout de même accepter la redondance liée au concept servant le message véhiculé par le film tout en alourdissant la narration. Certes, on retient notre souffle à chaque fois que le personnage traverse le couloir en se demandant si il va, oui ou non, repartir du début, on cherche également du regard les fameuses anomalies dudit couloir lui demandant de rebrousser chemin pour avoir une chance de s’en sortir, mais dans les faits, la structure finit quelque peu par lasser. Conscients du problème, les scénaristes ont injecté quelques idées à même d’imbriquer plusieurs destins croisés ou même fausser les pistes bien que ceci ne fonctionne qu’à un certain point d’autant que le film s’affranchit, à juste titre, de toute véritable explication sur le pourquoi du comment. La prise de position est compréhensible d’autant que l’idée derrière le jeu, et encore plus le film, n’est pas de faire peur mais plutôt de questionner sur la futilité d’une société repliée sur elle-même et son incapacité à réagir face à certaines situations.

De cette thématique, découle l’histoire des personnages, anonymes parmi d’autres anonymes (aucun d’entre-eux n’a de nom) mais confrontés, comme nous tous, à des choix de vie ou la possibilité d’agir en prenant son destin en mains. Bien que la métaphore soit parfois un peu grossière, elle n’en demeure pas moins très intéressante et parfaitement raccord avec le matériau d’origine. Errant dans ce couloir infini, les personnages se retrouvent alors à scruter chaque détail de leur environnement pour progresser dans ce dédale longitudinal. Bien que l’exercice soit moins efficace en tant que spectateur, on éprouve néanmoins une vraie tension à mesure que le personnage progresse. A-t-il vu cette poignée de porte mal placée, ces luminaires bizarrement agencés ?

Les anomalies restent le moteur de l’action et si elles sont associées à certains codes et références du genre (le sourire figé de l’homme, ce torrent évoquant aussi bien la mer de sang de Shining qu’un tsunami, bien ancré dans la vie des Japonais), elles amènent également, pour la plupart, autant d’indices sur l’avancée du scénario, tout en offrant au film un aspect anxiogène popularisé par la culture Internet à travers la légende urbaine des backrooms, née en 2019 sur les forums de 4chan. De cette matière, le réalisateur tire un film parfois redondant, mais aussi et surtout sincère dans ce qu’il a de plus profond, lorsqu’il aborde la peur d’agir, qu’il s’agisse de défendre une mère face à un usager excédé par les cris de son bébé ou le fait d’être père. La thématique de la parentalité reste centrale d’autant que le héros rencontrera un jeune garçon, lui aussi bloqué dans le couloir de métro et qu’il devra protéger tout en se sauvant lui-même. Une façon de lier les histoires des personnages, manquant parfois de subtilité mais permettant à Exit 8 d’aller au-delà de la simple adaptation bête et méchante qu’il aurait pu être.

Si on pouvait craindre une adaptation sans âme surfant uniquement sur la culture des backrooms afin de se mettre dans la poche une partie de son public, le film choisit d’aller plus loin. Manquant parfois de subtilité ou même d’idées, Exit 8 réussit malgré tout à apporter du fond en réussissant à retranscrire l’aspect anxiogène du level design initial tout en faisant de la parentalité la colonne verticale du récit. Une belle surprise.

Yannick Le Fur

Yannick Le Fur

À lire aussi...