Aussi somptueux qu’hargneux, God of War est un hommage vibrant au genre de l’action mais aussi à la mythologie grecque qu’il retourne pourtant dans tous les sens pour les besoins de son scénario. Sorti de nulle part, ce titre préfigure à lui tout seul le renouveau du genre beat’em all et s’annonce d’ores et déjà comme le premier volet d’une très longue saga.
God Of War mérite amplement d’être connu et reconnu pour ce qu’il est : le meilleur jeu d’action de la PS2. Loin des frasques branchées de Dante ou des délires temporels d’Onimusha 3, ce jeu s’appuie sur une imagerie mythologique tout en introduisant un anti-héros pour qui mode de vie rime avec barbarie. Mais pour introduire un tel personnage, encore faut-il lui adjoindre un passé, un présent et un avenir. Ainsi, si on peut critiquer les libertés prises avec le matériau de base et quelques dialogues qui tournent vite en rond, l’atmosphère est d’une puissance évocatrice à même de faire taire les dieux eux-mêmes. Tout d’abord la réalisation du titre impressionne tant dans sa maîtrise graphique que technique. Mettant en avant de superbes cinématiques (entre la CGI et la peinture), elle privilégie la plupart du temps les cadrages simples qui magnifient les apparitions des déités venant apporter leur aide à Kratos. En sus, la mise en scène est au service du scénario, l’inverse étant également valable. S’ouvrant sur une scène pleine de désespoir qui voit Kratos sauter d’une falaise pour mettre fin à son existence, le jeu revient quelques jours en arrière pour nous narrer ce qui s’est passé durant ce laps de temps. Votre quête de rédemption peut alors débuter sous les conseils avisés d’Athèna qui va vous charger d’assassiner le dieu de la guerre, Arès. En tirant parti d’un tel synopsis de base, le jeu ne pouvait décemment pas décevoir au niveau de sa construction. Je vous rassure, ce n’est nullement le cas puisque God Of War est un modèle d’équilibre. Mélangeant de légères phases de plates-formes aux joutes homériques tout en incorporant quelques énigmes, l’architecture du jeu est mûrement réfléchie, ce qui donne au final une impression d’enchantement du début à la fin. Ceci est aussi dû à la quasi-absence d’allers-retours, chose rare dans ce genre de titres.
En somme, bien qu’on eut aimé une durée de vie un peu plus longue (comptez 8 heures pour le terminer en Normal), il est appréciable de constater qu’à l’inverse de DMC 3, God Of War ne trompe pas le joueur en s’appuyant sur des artifices pour augmenter la durée de vie. En résulte une progression impressionnante qui ne cesse d’émerveiller au travers des trouvailles visuelles, scénaristiques ou des idées de gameplay. Pourtant l’approche de GOW est on ne peut plus classique. A travers une progression en ligne droite, vous récupérez divers pouvoirs offerts par les dieux et vous affrontez des hordes d’ennemis ainsi que quelques boss. Vu sous cet angle, rien ne prédestine God Of War à devenir un grand jeu et pourtant… Tout d’abord, attardons-nous un peu sur le gameplay. Bien que Kratos ne dispose que de deux armes durant tout le jeu, ces dernières pourront évoluer pour nous offrir une panoplie beaucoup plus large de coups. A l’image d’Onimusha, vous allez devoir récupérer des orbes rouges (que laisseront vos ennemis) qui vous serviront à faire évoluer vos armes qui disposent de plusieurs niveaux de puissance. Une fois que vous aurez atteint le niveau supérieur, votre arme sera plus efficace et vous aurez accès à davantage de combos ou de mouvements. Ceci est aussi valable pour les sorts que vous obtiendrez auprès des dieux et qui verront leur pouvoir grandir à mesure que vous les ferez évoluer.
Au final, la gamme d’actions est plutôt étoffée, Kratos peut réaliser des esquives grâce au stick droit et l’utilisation des pouvoirs est très pratique pour se sortir de situations délicates. A ce titre, on signalera une jauge bleue qui pourra se remplir en récoltant des orbes de la même couleur. A chaque fois que vous utiliserez un sort, ladite jauge se videra progressivement et vous devrez alors la remplir pour pouvoir vous servir à nouveau de la magie. Ensuite, vous pourrez aussi vous transformer en surhomme pendant une courte période, après avoir emmagasiné de l’énergie, pour faire le ménage alentours. Pour ajouter un peu de dynamisme à l’action, les développeurs ont également opté pour des actions contextuelles. Ainsi, après avoir étourdi un ennemi, une icône apparaîtra au dessus de lui. Vous devrez alors appuyer rapidement sur ladite touche pour que Kratos effectue une action spécifique qui, le plus souvent, tuera instantanément l’adversaire. S’inscrivant sans temps mort lors des combats et accentuant d’une manière incroyable la fulgurance des affrontements, l’idée s’avère excellente. Ces situations atteignent d’ailleurs leur paroxysme contre les boss où vous pourrez parfois appuyer sur plusieurs touches pour littéralement projeter votre adversaire contre le décor ou lui asséner des coups d’une rare violence. En parallèle des combats, vous serez aussi amenés à résoudre des énigmes qui se résumeront le plus souvent à trouver des objets pour avancer, bien que certaines soient plus proches de petits casse-têtes. Dommage tout de même que ces passages ne soient pas plus nombreux, même si on appréciera la diversité de ces phases tantôt basées sur la rapidité, les réflexes ou encore la réflexion.
Artistiquement parlant, le jeu est simplement parfait. Le level design est inspiré et magistral, le bestiaire est constitué de peu de monstres mais tous très bien animés et les boss sont certainement les plus impressionnants qu’on ait vu depuis longtemps dans un beat’em all PS2. Par contre, il est décevant de constater que ces derniers ne soient qu’au nombre de trois. Passée cette frustration, quelle virtuosité ! Entre une hydre gigantesque que vous affronterez sous un déluge balayant votre bateau comme un fétu de paille et un Minotaure recouvert d’une armure qui se fera un plaisir de vous faire profiter de son haleine brûlante, c’est un enchantement de chaque instant qui vous retournera la rétine. Il faut aussi signaler que bien que le jeu nous abreuve de décors tous plus beaux les uns que les autres en nous jetant en pâture des dizaines de monstres qui ploieront sous un déluge d’effets visuels, le tout se fait sans aucun temps de chargement. Un petit mot également sur la partie sonore qui ne démérite pas. Les musiques sont nombreuses et emphatiques, en total accord avec ce qui se passe à l’écran et leur composition n’a d’égale que leur orchestration. D’un excellent doublage américain, nous passons à un doublage français qui est bien dans le ton et qui, bien qu’en deçà de son modèle, ne fait nullement dans la caricature poussive, à l’image d’un Metal Gear Solid pour ne citer que lui.
Au-delà de sa condition de pot-pourri qui reprend tout ce qui a fait le succès de nombreux hits, God Of War est un chef-d’œuvre qui se vit pleinement. Pensé jusque dans ses moindres détails, le jeu de SCEA a bien quelques défauts contre lui (durée de vie, dialogues qui manquent de profondeur, quelques légers soucis de visibilité dus à une caméra fixe) mais qui pèsent bien peu dans la balance. Esthétiquement parfait, doté d’un gameplay sans réelle fausse note, le titre étonne et détonne durant toute sa progression et s’affirme de lui même comme un monument d’action. Stupéfiant, étourdissant et portant bien haut l’étendard d’une qualité divine, God Of War est un amalgame de toutes ces qualités et de bien d’autres choses encore.





Visuellement somptueux, parfaitement rythmé, jouissif au possible, cette production de Sony Santa Monica doit autant aux capacités de la PS2 qui donne tout ce qu’elle a, qu’au talent de développeurs qui ont injecté toute leur passion dans la réalisation de ce titre. Nul doute que nous n’en sommes qu’aux tous débuts d’une immense saga.










