Après une première saison qui avait la lourde tâche de présenter l’univers de One Piece à celles et ceux ne connaissant pas l’oeuvre originale, la série de Netflix profite, dans une certaine mesure, de son rythme de croisière. A l’instar de la précédente salve d’épisodes, la nouvelle ne perd pas de temps puisque cette deuxième saison couvre pas moins de 5 arcs du manga, soit entre 40 et 50 épisodes de la série animée. Un parti-pris toujours aussi « Oda »cieux, ambitieux, mais qui montre de plus en plus les limites d’une telle adaptation.
Poursuivant ce qui avait été amorcé dans la première saison, cette seconde salve d’épisodes passe la seconde en permettant à Luffy et ses compagnons de rencontrer moult personnages dont un nouveau membre d’équipage. Tout ceci ne se fera bien entendu pas sans plusieurs concessions, qu’on pouvait déjà imputer à la S01, à commencer par un élagage au niveau des intrigues, de la personnalité de plusieurs protagonistes ou tout simplement certaines parties de l’histoire originale. Le prix à payer pour pouvoir profiter du premier arc d’importance qui arrivera dans la S03, autrement dit Alabasta. On pourra d’ailleurs voir cet arc comme un véritable examen de fin de cycle qui fera entrer, ou non, la série One Piece dans la catégorie des adaptations de qualité. En effet, cet événement étant synonyme de décors grandioses, d’affrontements importants et de la démonstration des véritables capacités de Luffy, il sera intéressant de voir comment la série de Netflix aborde tout ceci. D’autant plus vrai que les producteurs ont récemment rappelé vouloir produire une douzaine de saisons pour terminer l’oeuvre qui, je le rappelle, s’avère de plus en plus ambitieuse à mesure qu’on avance. La S02 donne d’ores et déjà quelques pistes sur les moyens dont elle se dote pour y arriver et il faut avouer qu’elle alterne, comme la précédente, entre certaines réussites et pas mal de déconvenues.
Cette saison se compose de 8 épisodes d’une heure. Vu sous cet angle, on pourrait se dire que les scénaristes ont pris leur temps sauf que lorsqu’on voit la liste des courses, le tout tient plus du gavage : le Vogue Merry englouti par une baleine mélancolique, une Nami gravement malade qu’il va falloir sauver en gravissant une montagne à mains nues, la rencontre d’un nouveau membre d’équipage, un affrontement contre le Baroque Works à la solde du mystérieux Mr 0, un village à sauver d’un tyran mégalomaniaque, la rencontre avec deux géants… Les événements s’enchaînent à la vitesse de l’éclair et si le tout apporte beaucoup de vigueur au récit, le revers de la médaille vient du fait qu’il minimise certains éléments scénaristiques donnant du poids à certains choix des membres d’équipage, ces derniers étant d’ailleurs plus centraux que dans la S01. Pour un peu, on en viendrait presque à se dire que Luffy est relégué au rang de gentil benêt simplement utile à des moments-clés.
La structure du manga et de l’anime, voyant les membres équipage dispersés à chaque nouvel accostage, se répercute donc logiquement sur celle de la série Live. Ce n’est pas un mal, bien au contraire, puisque de cette façon, les compagnons de Luffy gagnent en profondeur ou auront tout simplement droit à leur instant de gloire dans diverses séquences d’action. Toutefois, comme je le précisais plus haut, le tout ne se fait pas sans quelques sacrifices. Zoro, par exemple, obtient ici deux sabres extrêmement importants pour lui qui ont droit dans la série à leur propre histoire, faisant de ces objets bien plus que de simples coupe choux. Chez Netflix, le tout est emballé en quelques dialogues et si la «séquence du bras» est bien entendu conservée, l’ensemble manque tout simplement d’âme. Quelques instants plus tard, ce même Zoro aura également le droit à un affrontement contre 100 pirates. Evoquant le cinéma hong-kongais des années 80, ou, au choix, Kill Bill Volume 1, la promesse d’une baston homérique fait saliver. Malheureusement, on en ressort quelque peu déçu, la chorégraphie et réalisation très plate n’étant jamais à la hauteur de ce que nous étions en droit d’attendre.
Cette sensation sera d’ailleurs régulière, tant les affrontements manquent de punch (contre Alvida), de temps (contre les membres de Baroque Works) ou tout simplement de moyens. A ce sujet, il est également décevant de constater une fois de plus ce grand écart entre les plans en CGI fourmillant de détails et les décors en dur ressemblant davantage à des lands de Disneyland et n’arrivant jamais à reproduire l’impression de grandeur des plans d’ensemble. Etrange, tout comme la gestion des vfx qui me fait dire que les producteurs ont sciemment choisi de ne pas trop en faire avec Luffy pour des raisons de coûts et d’efficacité. Malheureusement, là où dans le manga et l’anime, la nature exubérante de Luffy ressort énormément à travers l’utilisation quasi constante de ses pouvoirs, ne serait-ce que pour se mouvoir, le fait que son homologue IRL ne les utilise pratiquement jamais hors combat force l’acteur Iñaki Godoy à surjouer et à exagérer toutes ses émotions pour se rapprocher de son modèle animé. La méthode est louable mais accentue cet aspect kitsch et dérangeant qu’on retrouve à nouveau chez d’autres personnages aux maquillages très marqués ou certains éléments du lore (les Escargophones, toujours eux !). On en vient déjà à imaginer ce que va donner la suite de l’aventure. L’excentricité des personnages (dans leurs designs, leurs capacités) allant crescendo, de même que les pouvoirs de Luffy (vivement les Gear 4 & 5), tout ceci risque d’être très difficile à adapter sans exploser le compteur de cringe.
Cependant, nous n’en sommes par encore là et au delà de ces problèmes, reconnaissons toute de même aux producteurs la volonté de bien faire, parfois synonyme de vraies qualités à commencer par Chopper. Le personnage en CGI s’avère en effet très réussi, cute à souhait et paradoxalement très humain au point d’avoir un flash-back presque aussi émouvant que celui de l’anime. Cependant, comme si la série ne pouvait s’empêcher de souffler constamment le chaud et le froid, autant on appréciera la version chibi de Chopper, autant sa transformation anthropomorphe (le CGI laissant sa place à un acteur costumé) nous ramène à un entre-deux disgracieux. On imagine une fois de plus que ce choix a été pris pour des raisons de coûts mais le résultat ne joue pas en la faveur du personnage. Et c’est bien là que se situe le vrai problème de cette adaptation, forcée de se contenir dans ce qu’elle peut et doit montrer tout en jouant avec ses budgets.
L’univers d’Oda étant tellement excentrique, tellement fantastmagorique que sa transposition en prises de vues réelle ne peut pas totalement fonctionner, encore moins quand on la compare à l’adaptation animée qui n’a jamais cessé de gagner en qualité au fil des saisons. La puissance de l’animation, sa faculté à transcender le matériau original manque grandement à la série de Netflix se réfugiant, par nécessité plus que par choix, dans une forme de kitsch friqué ne permettant jamais de lui offrir une qualité constante. On en ressort donc parfois avec un sourire complice mais aussi et surtout déçu par son incapacité à se rapprocher de son homologue animé et à rendre hommage au génie du mangaka. La série semble donc condamnée à n’être qu’une version très sincère, essayant de ne rien oublier d’essentiel, mais malgré tout tronquée et souvent maladroite de sa consoeur animée.





Auréolé d’une volonté de bien faire, la Saison 02 de One Piece se heurte aux mêmes problématiques que la première saison. L’excentricité de l’oeuvre originale, celle qui lui donne sa personnalité, son énergie, parvient difficilement à convaincre en live. Outre un écart très marqué entre les décors CGI et ceux en dur, on citera également Chopper, aussi réussi en CGI que dérangeant lorsqu’un acteur costumé prend le relais, le surjeu d’Iñaki Godoy, une réalisation souvent sans envergure ou le fait que l’ensemble manque de punch ou même d’émotions. On sent la volonté de faire au mieux mais ce n’est manifestement pas toujours suffisant.











