Outlaw Players (T01-06) : Welcome to the fake world

Bien que .Hack ait été le précurseur en matière de série mettant en scène des personnages piégés à l’intérieur d’un jeu vidéo, nombre d’auteurs s’y sont essayé depuis en nous offrant des titres comme Log Horizon, Accel World ou bien entendu Sword Art Online qui a popularisé le genre. En France, peu d’exemples à signaler jusqu’en juillet 2016 qui voit débarquer le premier tome de Outlaw Players.

Si les origines de la série de Shonen datent de 2002 (période à laquelle elle est disponible sous forme de webcomic composé d’anecdotes à propos des MMO), c’est Ki-oon qui se chargera de contacter l’auteur en lui demandant de reprendre son projet pour en faire un manga. L’idée est séduisante mais Shonen va devoir alors élaborer un véritable scénario, une histoire qui se tienne, des personnages forts et travailler d’arrache-pied afin de pouvoir livrer en temps et en heure les volumes à un rythme régulier. Nous sommes cependant loin de la cadence japonaise infernale puisqu’entre juillet 2016 et juillet 2017, seuls 5 tomes sont disponibles. Le 6ème étant justement paru en décembre dernier, nous avons décidé de vous faire découvrir cette série hautement référentielle, s’inspirant autant du manga que du jeu vidéo et proposant des personnages réjouissants. Si chaque histoire se doit d’avoir un début, celle de Outlaw Players a de quoi décontenancer. En effet, bien que le dessin de Shonen fasse mouche dès les premières pages grâce à un style accrocheur et un excellent découpage offrant aux scènes d’action un dynamisme certain, on a un peu de mal à rentrer dans cet univers où rien ne nous est précisément expliqué. Tout juste avons-nous le temps de voir Sakuu dans le monde réel se choisir un pseudo qu’on nous transporte directement dans le monde de Thera où l’aventure démarre tambour battant. Ainsi, si on appréciera que le récit ne perde pas de temps, on se sent en même temps un peu perdu.

Bien qu’on apprenne que les joueurs sont bloqués dans Thera à cause d’un bug, on aurait par exemple aimé en connaître un peu plus sur les personnages en dehors du jeu afin de mieux les cerner et ainsi davantage s’amuser des potentielles différences entre le joueur et son avatar. Bien que Shonen joue constamment avec quelques codes du MMO (le joueur incarnant un avatar de sexe différent, la découverte de la classe choisie, etc), il n’en reste pas moins que le premier volume d’Outlaw Players manque un peu de consistance en se reposant un peu trop sur les poncifs du genre : le héros perdu qui se découvre une force inouïe cachée au fond de lui, la rencontre avec d’autres personnages qui vont le suivre dans l’aventure… On sent que Shonen essaie de trouver ses marques et si on devra attendre le Login 9 (dans le Tome 2) pour voir poindre les bouts d’une trame plus maîtrisée, la lecture reste tout de même fluide grâce aux nombreuses références très bien digérées et souvent très drôles. De One Piece à Yu-Gi-Oh en passant par Pokémon, l’auteur s’en donne à cœur joie, Sakuu a un énorme capital sympathie et tous les personnages qui vont graviter autour de lui le complètent bien et finissent par former une équipe homogène, élément indispensable dans tout bon MMO et manga de ce type. D’ailleurs, le gros plus d‘Outlaw Players reste ce côté parfois didactique (sans être poussif) sur les mécaniques des jeux de rôle et des MMORPG. L’auteur se permet parfois de revenir sur le système d’aptitudes, de statistiques des jeux en ligne ou même sur l’évolution de l’avatar du joueur en fonction de son Job. Shonen joue avec son héros et parvient à entretenir l’intérêt pour son manga oscillant savamment entre action et humour. L’histoire suit tranquillement son cours et le monde de Thera éveille peu à peu l’intérêt du lecteur.

La progression donnant lieu à une sorte de road trip continu dont le premier objectif est la ville de Ztem, l’occasion de nous présenter la faune et la flore du MMO constitue bien entendu l’un des attraits majeurs de Outlaw Players, jamais avare en créatures de tout poils et villes gigantesques dont Prais, la première cité traversée par notre groupe, s’inspirant fortement de Paris. Ainsi, outre l’anagramme (le manga en regorge), on retrouve une architecture très européenne, moyenâgeuse, qui offre beaucoup de charme à l’endroit. Dommage, cependant, que la ville ne soit finalement pas plus exploitée et qu’on la quitte prestement pour des raisons qu’on vous laissera découvrir par vous-même. Au delà des villes et villages, la faune de Outlaw Players se révèle disparate et promet des rencontres musclées tout au long des 6 premiers tomes. Hydres, loups-garous, gobelins, monstres marins, les affrontements se suivent et ne ressemblent pas d’autant qu’en fonction de l’avancée de l’histoire, Sakuu maîtrise de plus en plus la puissante relique qu’il porte au bras droit jusqu’à l’affrontement titanesque contre Taargis, énorme PNJ en armure faisant fortement penser à l’Alphonse de Fullmetal Alchemist. D’ailleurs, de cet affrontement découle un arc qui continue encore aujourd’hui, faisant état d’une machination fomentée par la dénommée Elicia et soutenue par l’impitoyable (et très classe) Belith, elle-même détentrice d’une relique. Si pour l’heure, le tout semble un peu confus à cause de nouvelles recrues (à commencer par la sniper Lyséa) se succédant rapidement, en parallèle d’une intrigue se mettant progressivement en place, il est difficile de lâcher un volume. Ceci tient au rythme haletant du manga et à la symbiose parfaite entre les protagonistes. Le Tome 6 ne fait d’ailleurs pas exception à cet état de fait avec une narration délectable, le trio Duranzan/Okoto/Aefka fonctionnant parfaitement bien. De plus, avec ses superbes planches mettant en avant certaines invocations (un renvoi direct aux RPG) ou bien encore la promesse d’un tournoi à venir, une constante dans les shonen, Outlaw Players reste solide sur ses acquis.

Outre le trait du mangaka qui s’affine de tome en tome et l’histoire dévoilant au fur et à mesure son potentiel (même si le Tome 5 met toujours en avant l’absence d’un vrai socle scénaristique), c’est surtout la personnalité décalée de Sakuu et ses relations avec le reste de la petite bande qui parviennent constamment à décocher quelques (sou)rires entre deux échauffourées, gagnant elles-aussi en intensité à mesure que le manga trace sa route. Alors que Sakuu reste un héros assez typique du shonen, il n’en reste pas moins très réussi tout en ayant plusieurs traits de caractère le rendant extrêmement sympathique. Parfois dépassé par les événements, découvrant ses capacités et les règles de Thera à mesure qu’il progresse, jamais avare quand il s’agit de castagner, le personnage central de Outlaw Players se distingue de la plupart de ses homologues nippons lorsqu’il brise parfois le quatrième mur en citant d’autres œuvres. Cet état de faits est par ailleurs renforcé par moult souvenirs d’animes et de RPG alimentant le récit. Un aspect sympathique offrant au manga un charme indéniable. Si il faudra patienter pour savoir si Shonen réussira à consolider son scénario, en le rendant notamment un peu plus fluide, pour l’heure, les relations entre Sakuu, la sorcière Leni (IA dispensant au groupe de précieux conseils), Okoto (penfighter flanquée de l’étonnante irrégularité Aefka) et Lyséa donnent souvent lieu à des dialogues ou situations exquises, que ce soit autour d’un feu de camp ou en pleine bataille. La recette est éprouvée mais le résultat se montre trop réjouissant pour qu’on boude ce manga se présentant parfois comme une sorte de guide du débutant pour joueur de MMORPG, au delà du cri d’amour de l’auteur à tout un pan de la culture pop.

Yannick Le Fur

Yannick Le Fur

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