Aussi tenace, brave et entraîné que les 300 spartiates de Leonidas réunis, Kratos nous revient, plus que déterminé que jamais à régler ses comptes avec l’Olympe. Zeus peut commencer à trembler car le Spartiate n’a rien perdu de sa fougue, bien au contraire.
God Of War s’est naturellement imposé comme un chef-d’œuvre incisif et survolté dans le domaine du beat’em all. Aussi percutant qu’une bonne droite dans la figure, l’oeuvre de Sony Santa Monica laissa plus d’un joueur groggy. God Of War II aura pris son temps pour nous arriver et à la vue du résultat final, on ne peut que louer PlayStation d’avoir laissé le temps aux développeurs de concevoir le jeu qu’ils avaient en tête. Oui, God Of War II reprend ce qui a été réalisé dans le premier épisode, sa construction étant claquée sur celle de son aîné, mais la maestria des programmeurs, designers et scénaristes a permis d’iconiser encore plus le héros revanchard. God Of War II est une fabuleuse extension et si derrière les paravents de la nouveauté pointent des réminiscences du précédent volet, la beauté des décors et le gameplay gagnant en brutalité confinent une fois de plus au génie. La surprise s’efface mais laissera malgré tout le joueur médusé par tant de richesse. Divine Retribution se veut plus violent que son grand frère mais aussi et surtout plus ambitieux en termes d’inventivité, de level design mais également d’un point de vue scénaristique.
Sans vous révéler les tenants et aboutissants du scénario, sachez que cet opus nous narre le combat épique de Kratos qui défie le roi des dieux, Zeus lui-même. Si la quête du spartiate le mènera au centre de la Terre et aux confins du temps, on ne peut nier que la longévité du soft reste toujours aussi relative. A peine plus long que God Of War, il vous faudra compter sur une dizaine d’heures pour voir le bout de l’aventure se payant le luxe de se clôturer sur un des plans les plus frustrants de l’histoire du jeu vidéo. Malgré cette durée de vie rachitique, la progression, qui bénéficie à nouveau d’une absence de temps de chargements, se veut encore plus limpide et bien plus éclectique en terme de phases de jeux.
Si l’aspect beat’em all se taille la part du lion, il faut tout de même rendre hommage aux développeurs qui ont réussi à y inclure de façon très naturelle deux phases de shoot’em up durant lesquelles vous aurez le plaisir de virevolter dans les airs à dos de Pegase. En sus, on retiendra également un level-design mettant souvent en avant la nouvelle aptitude du spartiate lui permettant de s’accrocher au plafond, ainsi que les ailes d’Icare synonymes de vol plané. Malheureusement, il faut avouer que la jouabilité associée à cet élément est assez chaotique dans le sens où le double saut et le vol plané utilisent la même touche. Si pour planer, il suffira de presser une fois et de laisser appuyer la touche Saut, le tout est bien trop sensible et il arrive très souvent qu’on plane alors qu’on a décidé de réaliser un double saut. Une erreur de concept, d’autant qu’il eut été très aisé de pallier à ce problème en optant pour une combinaison de deux touches par exemple. Pour rester dans les nouveautés, outre la panoplie d’armes inédites (marteau, lance) auxquelles viennent se greffer quelques anciennes (arc, lames d’Athéna) et de sorts magiques, qui peuvent gagner en puissance grâce aux orbes rouges, on a désormais la possibilité de s’accrocher à certains bouts du décor ou de ralentir le temps. J’évoque simultanément ces aspects car ces deux techniques sont parfois mises à contribution lors de phases de plates-formes chronométrées.
Tout ceci concourt donc à insuffler à God Of War II une dimension plus variée à défaut d’être plus ouverte. Ainsi, malgré une liberté d’action cadenassée par une avancée linéaire et des scènes démentielles s’enchaînant à intervalle régulier, on ne peut qu’adhérer aux propos des développeurs qui ont préféré opter pour un soft dirigiste mais synonyme de vision plus hollywoodienne. De fait, les actions contextuelles abondent encore plus que par le passé, aussi bien durant les combats que durant certains passages amenés par le scénario. En outre, l’utilisation desdites actions renvoient plus que jamais au cinéma de John « Conan le barbare » Milius ou plus récemment celui de Zack « 300 » Snyder en privilégiant la fulgurance des coups et la barbarie du héros qui n’hésite jamais à couper du membre pour s’ouvrir une voie royale. Si je l’ai mentionné plus haut, je me réserve le droit de revenir sur le côté artistique du jeu qui sonne comme le dernier pied de nez de la PS2 aux récentes Xbox 360 et PS3. Si God Of War avait déjà clairement défini une charte graphique irréprochable, le second volet va encore plus loin en multipliant quelques-uns des plus beaux plans du jeu vidéo.
La fragilité de certains décors, la finesse quasi angélique de fresques dépeignant des villes exsangues, piétinées par les dieux, l’ancien combat des Titans face à Zeus relayé par des cinématiques en CGI d’une beauté à couper le souffle, rien n’est laissé au hasard. Ces traits, ces lignes gracieuses, ces aquarelles soyeuses offrent à GoW II une véritable identité graphique et si il convient de nuancer le tout (l’aliasing étant omniprésent durant les cinématiques utilisant le moteur de jeu), nul doute que nous tenons là une véritable oeuvre d’art. On émettra tout de même un léger bémol concernant les boss, plus nombreux qu’auparavant mais moins impressionnants et surtout très faciles à battre. Ceci vient peut-être aussi du fait que Kratos est plus tenace que jamais, tout auréolé d’une nouvelle puissance divine (le pendant de la Rage des dieux du premier GoW) lui permettant de disposer d’un regain de puissance durant quelques secondes. Pour battre la cadence, le jeu se pare également d’une bande-son absolument fabuleuse, les compositions guerrières étant temporisées par des plages plus douces lors des phases d’exploration. Le doublage français, jouissant d’une bonne direction pour éviter tout débordement vocal disgracieux, apporte la touche finale et délègue une once de charisme supplémentaire à notre héros ainsi qu’aux personnages gravitant autour de lui.
En substance, God Of War II innove peu même s’il s’est évertué à injecter du sang neuf. Pourtant cette stagnation dans la narration et la construction ne fait pas d’ombre à un titre plus vigoureux et féroce. Il va sans dire qu’au-delà de l’impression de déjà-vu, celle de parcourir un chef-d’oeuvre prévaut et nous étreint un peu plus à mesure qu’on évince nos ennemis ou qu’on s’abreuve de paysages à la beauté crépusculaire. Pour conclure, on saluera aussi des énigmes dont la quantité et la qualité ont été revues à la hausse ainsi qu’une difficulté parfaitement gérée, exception faite des boss mentionnés plus avant, pas assez « challengeants ». Il ne reste plus qu’à suivre le fil d’Ariane pour voir ce que l’avenir nous réserve mais gageons qu’il sera fait de calmes olympiens et de batailles homériques.





God Of War II est un jeu qui suscite le désir à mesure qu’on avance tout en faisant redouter au joueur d’arriver à la fin. De cet hédonisme naît ainsi un paradoxe qui veut qu’on progresse toujours plus rapidement tant le plaisir de la découverte est intense tout en réfrénant ses ardeurs de peur d’assister trop hâtivement à la conclusion d’un des plus grands beat’em all jamais créés. Magistral et définitif, GoW II n’est rien de moins qu’un idéal de jeu d’action.













