Telle la violence engendrant la violence, le succès, mérité, du premier God Of War appela un second opus se posant encore aujourd’hui comme le diamant noir du beat’em all. En deux épisodes, Sony fixa de nouvelles limites qualitatives et narratives en faisant au passage la nique à toutes les grosses franchises japonaises. Il est donc désormais acquis que Kratos, s’il n’est pas encore arrivé au bout de son voyage, a depuis longtemps acquis ses galons de dieu vivant auprès d’une frange de joueurs tout entiers dédiés à sa cause vengeresse. Et quoi de mieux qu’une nouvelle page de ses aventures pour confirmer ce statut mythique ou quand le malheur des uns fait le bonheur des autres.
Les antihéros ayant toujours été plus intéressants à suivre, le Spartiate de Sony Santa Monica était dès le départ voué à connaître le succès. D’autant plus vrai que pour l’épauler, les développeurs s’étaient surpassés afin de repenser les mécanismes du jeu d’action ici magnifiés par de virevoltants jeux de caméra, le tout couplé à un gameplay jouissif qui a depuis fait de nombreux émules. Sorte d’hommage de pixels à des chefs-d’oeuvre du 7ème art tels comme Le choc des titans ou Jason et les Argonautes, God Of War et sa suite Divine Retribution se prévalaient également d’une barbarie sans nom synonyme de violence graphique qui aura depuis fait les beaux jours de la fulgurante adaptation cinématographique du 300 de Frank Miller. Tout en façonnant la mythologie grecque afin qu’elle s’adapte à la malédiction de Kratos, les deux premiers segments de la saga rencontrèrent un succès immédiat en montrant la voie aux opus suivants, inévitables, compte tenu de l’aura d’excellence de la série.
Si le choix d’opter pour la PSP est plus ou moins compréhensible, le fan a sans doute, à raison, le droit d’être désappointé compte tenu des restrictions de la portable limitant de ce fait l’évolution visuelle d’un univers dont la richesse graphique est un des piliers. Pour pallier à ce problème, la major japonaise a judicieusement choisi les équipes de Ready At Dawn, Sony Santa Monica étant vraisemblablement tout occupé à peaufiner God Of War 3 sur PS3. Prenez votre temps les gars, prenez votre temps. Bref, les petits prodiges derrière l’excellent Daxter n’ayant plus rien à prouver quant à leur maîtrise de la Playstation Portable, le tout était de savoir ce qu’ils allaient nous concocter pour asseoir définitivement le règne de l’albinos. Question qui se soldera finalement par un prologue se déroulant après le massacre de la famille de Kratos et avant le premier God Of War avec qui il fait d’ailleurs la jonction au millimètre près en clôturant son épopée sur le plan d’ouverture du tout premier jeu.
D’un point de vue narratif, Chains Of Olympus reprend donc une trame convenue. L’histoire revient cette fois sur l’ambition de Morphée décidé à quitter le royaume des rêves pour la Terre après avoir plongé tous les dieux dans un profond sommeil. Le soleil disparu, c’est à Kratos qu’il va alors incomber la tâche de remettre à sa place l’astre du jour sur les bons conseils de l’indéfectible Athena. Discours rageurs, batailles homériques, frivolité, tout est une fois encore réuni pour faire de cet épisode un clone de Divine Retribution. Seulement voilà, s’il est difficile de ne pas être ébloui par les qualités techniques de l’oeuvre, le jeu souffre de nombreuses tares qu’on a un peu de mal à lui pardonner. Tout d’abord, on pourra critiquer la construction même du soft qui démarre en fanfare avant de tomber dans une sorte de contemplation bien moins efficace que le premier quart de l’aventure, manquant cruellement d’empoignades anthologiques et se finissant par un level-design longitudinal. De fait, après avoir arpenté la cité d’Attica avant d’affronter un impressionnant Basilic, on se retrouve à errer dans de superbes décors, vastes et se laissant visiter sans d’encombrants temps de chargements. Parfait sauf qu’on a la désagréable impression que l’action est trop diluée même si nous avons bien évidemment toujours droit à des joutes à un contre dix.
Et c’est ici que le bât blesse puisque si on peut tolérer l’absence de véritables nouveautés, on est en revanche un peu déçu de se retrouver face à un titre donnant parfois l’impression de ne pas aller assez loin. Du coup, si l’évolution des armes et magies est toujours à l’ordre du jour, tout comme les actions contextuelles, on critiquera malgré tout un vrai manque par rapport à Divine Retribution. Exit donc les phases de shoot’em up tout comme les Finish Moves spécifiques aux armes utilisées. Ainsi, s’il est permis de récupérer en plus des Lames du Chaos, le Gant de Zeus (afin de détruire, entre autres, des éléments du décor ou de combattre à « mains nues »), notre farouche guerrier utilisera automatiquement ses sabres pour en terminer avec ses ennemis. Frustrant d’autant qu’en plus d’une seule et unique nouvelle arme, nous n’avons droit qu’à un véritable pouvoir magique inédit, l’Efreet, La lueur de l’Aube et la Colère de Charon n’étant finalement que d’anciens pouvoirs remis au goût du jour. Sur ce point, Chains Of Olympus fait donc aussi pâle figure que celle de Kratos.
Malheureusement, les critiques ne s’arrêtent pas là. Bien que la jouabilité utilise astucieusement les capacités de la console, on signalera tout de même quelques actions peu évidentes à exécuter nous demandant le plus souvent d’utiliser le stick analogique afin d’occire un adversaire. Néanmoins, ceci est une question d’entraînement même si on regrettera ce bon vieux Dualshock 2. Par contre, la vraie faiblesse de ce GoW réside dans sa très faible durée de vie variant, suivant le mode de difficulté, entre quatre et cinq heures trente environ. Cruelle déception même si ses grands frères ne brillaient pas vraiment, eux non plus, par leur outrancière longévité. Il est d’ailleurs ironique de constater que les derniers cadeaux divins ne pourront être utilisés qu’une poignée de minutes sachant qu’on nous les offre dans la dernière ligne droite. L’autre conséquence de cette fugace aventure tient en son petit nombre de boss (trois en tout et pour tout), dont la présence était pourtant un élément crucial de Divine Retribution.
Faut-il pour autant fuir le fantôme de Sparte, plus que jamais enchaîné à ses erreurs du passé et son funeste destin ? Difficile d’être catégorique vu qu’en prenant en compte les qualités intrinsèques de Chains Of Olympus, il n’est pas évident d’émettre un avis net et tranché. De plus, en dépit des défauts évoqués plus avant, la progression limpide procure de très bons moments dont l’intensité ne dépasse toutefois jamais ceux du précédent épisode. On retiendra tout de même des séquences inspirées dont une, primordiale, se déroulant aux Champs Elysées, et nous offrant sans doute un des moments les plus beaux, douloureux et empathiques de toute la saga grâce, notamment, à une astuce de gameplay, déjà mise en exergue lors du final de Metal Gear Solid 3. En substance, nonobstant ses grandes qualités, ce GoW reste mineur et se pose davantage comme un chaînon manquant que comme un véritable complément à la création de David Jaffe.





En compilant l’absence de nouveautés, le faible nombre d’armes, de boss, sans oublier la durée de vie limitée, on obtient un opus, pétri de qualités, mais demeurant moins convaincant que Divine Retribution. Il nous reste néanmoins un bon jeu, admirablement optimisé par Ready At Dawn Studio. La PSP peut donc se targuer de posséder un beat’em all à l’esthétisante violence même si de l’autre côté de l’Olympe, le destin de God Of War a rendez-vous avec la PS3.














