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Mafia : The Old Country – Aussi bon d’un chianti de 12 ans d’âge ?

Après s’être fait la main sur Mafia 3, Hangar 13 avait brillamment transformé l’essai avec un excellent remake du premier Mafia. Pour ce nouveau volet, les développeurs ont choisi de quitter les rues d’Empire Bay afin de poser leurs valises dans la campagne sicilienne, dans les années 1900. Un retour dans le passé pour un jeu aussi classique que bien narré.

Notre histoire débute en 1904, au fin fond d’une mine où travaille Enzo, un carusu, autrement dit un mineur, qui survit tant bien que mal. Après avoir perdu son ami Gaetano suite à un tremblement de terre provoqué par les vibrations d’un volcan, Enzo provoque en duel le contremaître. Il s’enfuie et alors qu’il est sur le point d’être abattu, il est secouru in extremist par Don Torrisi, personnage influent et respecté de la région. Après quelques petits boulots pour ce dernier, Enzo va se montrer très impliqué dans ses nouvelles fonctions au point d’être intronisé membre de la famille. Une nouvelle vie va alors s’offrir à lui, avec son lot d’amitiés, de meurtres et de sacrifices. Le jeune homme entend bien devenir quelqu’un d’important que ce soit aux yeux du Don ou de sa fille Isabella dont il tombe éperdument amoureux.

Une histoire que vous ne pouvez pas refuser

Pour qui est coutumier des films de mafia, Le Parrain en tête de liste ou la plupart des Martin Scorsese, l’histoire de The Old Country aura des airs de déjà-vu. C’est un fait, Hangar 13 n’innove en rien une structure connue mais cela ne minimise en rien la qualité de l’écriture. En effet, si il y a une chose que le studio californien a très vite appris tient en l’importance d’avoir des personnages marquants tout en soignant se réalisation afin d’iconiser les moments forts à venir, qu’il s’agisse d’amour, de violence ou de trahison. A ce petit jeu, le studio se montre efficace et le résultat est là : l’ensemble des protagonistes, amis comme ennemis, forment un casting complémentaire qui nourrira la douzaine d’heures dont vous aurez besoin pour terminer l’histoire principale.

Mélangeant histoire de famille et guerre de clans, The Old Country prend son temps pour installer son intrigue, trop peut-être puisque si c’est l’action qui vous intéresse, vous devrez attendre quatre chapitres avant de tirer le premier coup de feu. Toutefois, on ne peut que saluer cette volonté tant elle permet de présenter de façon fluide plusieurs éléments de gameplay (l’infiltration notamment) tout en usant d’une ellipse temporelle d’un an permettant au jeu d’approfondir rapidement la relation entre Enzo et les membres de sa nouvelle famille. Sur ce point, c’est réussi d’autant que si certains d’entre eux auraient pu être vite agaçants, ils s’intègrent au contraire dans une vraie cohérence scénaristique en faisant partie du quotidien d’Enzo tout en ne déviant jamais de leurs objectifs initiaux. Ainsi, Lucas, au charisme proche de celui d’un Errol Flynn, ne remettra jamais en question les choix du Don tout en faisant preuve de nuances et de prudence. A l’inverse, Cesare, le neveu du Don, se présente comme un homme d’action et si son arrogance de départ va se muer en profonde amitié pour Enzo, il ne cachera jamais à ce dernier son envie de tenir les rênes de la famille.

En parlant de ça, le Don s’avère être une figure imposante, autant dans son allure impressionnante que sa volonté de fer lorsqu’il s’agit de protéger les siens et surtout ses intérêts. Aucun de ces personnages n’est ni blanc, ni noir et ce sont leurs imperfections qui les rendent si attachants. N’oublions pas non plus Isabella, seul vrai rayon d’espoir pouvant montrer la voie de la rédemption à Enzo. Ne se limitant pas à son rôle de jeune rebelle, Isabella a parfaitement compris qui est l’homme qui la chérit comme son bien le plus précieux dans tous les sens du terme. Revendiquant sa liberté, cherchant à vivre à travers ses propres choix et non ceux de sa famille, Isabella trouvera en Enzo un écho en plus d’un amant et n’aura de cesse de militer pour le droit au bonheur tout en s’affirmant comme une femme au caractère bien trempé.

Bien que l’écriture soit de grande qualité, on pourra citer quelques écueils à l’image de la mort de Gaetano, trop vite expédiée et ne générant que peu d’empathie, ou bien encore une séquence finale longuette, peu intéressante d’un point de vue gameplay et minimisant un climax arrivant juste avant, ceci rendant la fin moins puissante qu’elle aurait pu/dû être.

Un gameplay daté mais suffisant

Si l’aspect narratif de The Old Country est donc à saluer, le gameplay reste, lui, perfectible, d’autant qu’on y trouve grosso modo la plupart des défauts de Mafia 3. Mélange d’infiltration, d’action et de courses poursuites, ce volet conserve une vraie dimension cinématographique tout en s’inspirant de plusieurs titres, d’Uncharted à Hellblade. Alors que les trailers laissaient présager un jeu au rythme haletant, le résultat est bien plus posé, avec des chapitres sachant prendre leur temps pour exposer les faits, creuser les relations entre personnages puis les confronter à leurs choix. Bien entendu, vous devrez régulièrement prendre les armes dans des gunfights imposées par l’histoire. Si la pléthore de pétoires à disposition est efficace avec un très bon feeling quelle que soit l’arme choisie, l’IA s’avère toujours aussi particulière avec ces adversaires essayant rarement de nous prendre à revers ou n’usant que très rarement de grenades pour nous déloger. De fait, la plupart du temps, on campera sur nos positions en attendant sagement que les mafieux arrivent vers nous à découvert pour les shooter à bout portant.

Cette méthode fonctionnant également très bien quel que soit le mode de difficulté, Mafia : The Old Country est un titre qui vous posera peu de problèmes, ceci valant aussi pour les duels au couteau, sans doute un peu surexploités quitte à parfois dénaturer la nature de certains personnages. En effet, autant, on comprendra qu’entre mafieux, on puisse respecter un code d’honneur et choisir le schlasse plutôt que le flingue, autant contre un policier, c’est déjà plus contestable. Pour le duel en lui-même, malgré les différentes actions (esquive, contre, estoc…), dès qu’on se rend compte de l’ouverture qu’on a après que l’ennemi ait asséné une série de coups imparables, on aura aucun mal ici aussi à enchainer les victoires.

L’infiltration de son côté s’avère encore plus datée puisque n’offrant aucun challenge à cause de gardes n’ayant quasiment aucune routine de surveillance. En effet, la plupart du temps, lorsqu’on arrivera près de ceux-ci, on aura le droit à des dialogues scriptés entre deux d’entre eux qui se sépareront avant de rester immobiles en attendant bien sagement qu’on débarque dans leur dos pour les larder d’un coup de couteau ou les étouffer. En somme, nous n’aurons même pas à les distraire en jetant des pièces de monnaie ou des bouteilles pullulant dans les zones tant il est simple de les contourner pour s’en débarrasser. Et je ne parle même pas de l’option consistant à cacher des corps qui ne sert à rien.

On reprochera aussi aux développeurs d’avoir un peu loupé leur système économique basé sur de l’argent à récupérer pour acheter de nouvelles armes, des véhicules, des chevaux et autres skins. On devra ainsi piller tous les coffres à disposition en trouvant des combinaisons ou en les crochetant avec notre couteau qui s’usera à chaque utilisation. Si des pierres à aiguiser seront indispensables pour réaffuter celui-ci, elles sont tellement rares qu’on n’utilisera rarement la possibilité de tuer un adversaire avec son couteau (lancer ou stealh kill) pour « économiser » ce dernier afin d’ouvrir les coffres.

Néanmoins, même en ayant ceci en tête, on pourra vite être à court de dinars, ceci nous obligeant alors à refaire des chapitres ou à recharger certains check points pour ouvrir en boucle des coffres, l’argent obtenu se cumulant au fur et à mesure. L’autre méthode, plus dans le flow du jeu, consistera à faire les poches de tous les gardes qu’on élimine d’autant que ceux-ci possèdent également munitions et bandages. Le problème est que ceci minimisera grandement l’immersion en plein gunfight. A vous de voir comment vous souhaitez profiter de votre aventure. Je serai tenté de vous conseiller une première partie en vous laissant porter par l’histoire puis de revenir dans l’open world via le mode Exploration, aussi vide (puisque exempt de toute mission) qu’obligatoire pour qui chercherait l’ensemble des Collectibles. Notez d’ailleurs que les développeurs ont récemment précisés qu’ils apporteraient dans les mois à venir du contenu supplémentaire gratuit pour ce mode afin de le rendre plus attractif. Une très bonne initiative tant il est frustrant de ne pas davantage profiter de la magnifique DA restituant à merveille la beauté de la campagne sicilienne et de la ville fictive de San Celeste.

Dans l’absolu, malgré tous les défauts énoncés, The Old Country se montre, paradoxalement, assez concluant dans son gameplay. Ce n’est donc pas un manque de sensations qui frustre mais plutôt l’inutilité de trop d’éléments. A ce sujet, on pourra aussi regretter l’importance très minime de notre chapelet. Bien que l’idée, synonyme de perles offrant divers avantages passifs, soit intéressante, le jeu est tellement simple qu’on pourra le terminer en passant totalement à côté de cette feature. En résulte une aventure au gameplay suranné mais néanmoins immersive, portée par une histoire prenante ou bien encore une bande-son oscillant intelligemment entre musiques traditionnelles et envolées plus symphoniques lors des gunfights. Dommage que plusieurs faiblesses techniques (quelques bugs graphiques, divers soucis de finition), de construction (la traditionnelle course de voitures, ici pensée comme un élément de scénario plus que comme un vrai challenge, en est un excellent exemple) et un gameplay n’ayant pas vraiment évolué depuis les derniers opus ternissent le tableau. The Old Country reste malgré tout un épisode porté par ses personnages haut en couleurs et une histoire rendant joliment hommage à tout un pan d’œuvres cinématographiques.

Mafia : The Old Country ous offre une histoire classique mais aux personnages parfaitement écrits offrant à la tragédie à venir une véritable dimension cinématographique. Si l’immersion est belle et bien là, la structure très fermée du jeu pourra frustrer d’autant que le très beau semi open world à disposition ne sera librement disponible que dans un mode Exploration vide de toute mission ou action. En résulte un jeu dans la veine de ses prédécesseurs, captivant par son histoire, faisant le job grâce à un gameplay efficace mais daté, mais qui aurait sans doute mérité un peu plus de finition pour s’élever au niveau du fantastique Mafia : Definitive Edition.